Les pratiques ordinaires de la sobriété énergétique, à Caen
La sobriété énergétique évoque souvent des injonctions très générales : baisser le chauffage, prendre moins la voiture, éteindre les lumières, manger moins de viande… Mais dès que l’on demande aux personnes ce qui leur semble vraiment faisable, souhaitable, contraignant ou enthousiasmant, on souligne un critère essentiel : la désirabilité.
Dans le cadre du programme de recherche-action POPSU Transitions, Le Dôme et le CERREV ont animé plusieurs ateliers pour explorer la sobriété énergétique à l’échelle des quartiers. Pendant le TURFU Festival 2025, les participant·es ont été invité·es à lister des pratiques de sobriété, puis à les positionner sur une grille à deux axes : est-ce faisable ? et est-ce souhaitable ?
Les pratiques individuelles sont indiquées en rouge. Les pratiques collectives sont indiquées en bleu. Ce code couleur permet de faire apparaître rapidement une tension centrale du programme : la sobriété énergétique ne se joue pas seulement dans les choix individuels, mais aussi dans les équipements, les infrastructures, les services publics, les lieux communs et les formes d’organisation collective.
Sur ces grilles, on retrouve des gestes très quotidiens : baisser le chauffage, éteindre la lumière, prendre des douches plus courtes, manger moins de viande, acheter local, limiter les écrans ou privilégier les transports en commun. Certaines pratiques semblent évidentes sur le papier, mais deviennent plus discutables lorsqu’on les replace dans la vie réelle : peut-on vraiment moins utiliser sa voiture quand les transports ne suivent pas ? Peut-on réduire son chauffage quand son logement est mal isolé ? Peut-on manger local quand les prix, le temps ou l’offre disponible ne le permettent pas toujours ?
C’est tout l’intérêt de l’exercice : sortir de la liste de “bons gestes” pour discuter des conditions concrètes de la sobriété. Une pratique peut être souhaitable, mais difficile à mettre en place. Une autre peut sembler faisable techniquement, mais peu désirable si elle repose sur trop de contraintes individuelles. À l’inverse, certaines idées collectives — compost de copropriété, transports en commun mieux desservis, éclairage public à détection, espaces de co-télétravail, voiture partagée entre voisin·es — déplacent la question : et si la sobriété devenait plus simple quand elle était organisée à plusieurs ?
Ces grilles montrent aussi que les participant·es ne parlent pas seulement d’énergie au sens strict. La sobriété énergétique déborde rapidement vers l’alimentation, la mobilité, les déchets, l’eau, les vêtements, l’éclairage, le numérique ou l’aménagement urbain. C’est logique : dans la vie quotidienne, les consommations d’énergie sont rarement isolées. Elles sont liées à nos façons de nous déplacer, de nous chauffer, de manger, d’acheter, d’habiter ou de travailler.
Les propositions collectives sont particulièrement intéressantes pour penser l’action publique. Elles rappellent que la sobriété ne peut pas reposer uniquement sur des efforts individuels. Réduire l’usage de la voiture suppose des transports en commun plus réguliers, des voies cyclables, du covoiturage organisé ou des véhicules partagés. Réduire les consommations de chauffage suppose des logements mieux isolés. Réduire les déchets suppose des filières de tri, de réemploi, de compostage ou de réparation accessibles. Autrement dit : la sobriété a besoin d’infrastructures, de services, de lieux et de coopérations.
Ces productions ne sont pas un sondage représentatif des pratiques caennaises. Elles sont plutôt une photographie sensible de ce que les publics associent spontanément à la sobriété énergétique : ce qui paraît simple, ce qui coince, ce qui donne envie, ce qui semble relever de soi, des autres, du quartier ou des pouvoirs publics. Elles donnent à voir une matière précieuse pour la recherche-action : des perceptions, des débats, des désaccords, des pistes à creuser.
À partir de ces contributions, les pratiques citées pendant le TURFU 2025 ont également été reportées sur une cartographie de Caen. Cette carte permet de replacer les idées dans la ville : quartiers, équipements, lieux de passage, initiatives existantes, espaces où des pratiques sobres sont déjà visibles ou pourraient être encouragées. La version mise en page jointe à cette ressource donne un aperçu de cette cartographie, avec des pratiques situées dans différents secteurs de Caen, comme la Guérinière, Venoix, Beaulieu, Grâce-de-Dieu, Saint-Gilles, Saint-Jean-Eudes, Calmette, Presqu’île ou encore Vaucelles .
Au fond, ces grilles racontent une chose simple : la sobriété énergétique existe déjà, sous des formes très ordinaires. Elle est dans les gestes domestiques, les habitudes de déplacement, les repas partagés, les objets réparés, les lumières éteintes, les trajets mutualisés, les vêtements réutilisés, les composts de quartier ou les cafés achetés en vrac. Mais pour devenir plus juste, plus accessible et plus désirable, elle doit aussi devenir une affaire collective.
C’est tout l’enjeu de POPSU Transitions : ne pas seulement demander aux habitant·es de faire moins, mais comprendre avec eux et elles comment faire autrement, à l’échelle de leur quartier, de leurs contraintes et de leurs envies.
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POPSU Transitions est un programme de recherche-action porté par la Ville de Caen et le CERREV de l’Université de Caen Normandie. Il réunit plusieurs partenaires issus de la recherche, de la société civile, de l’énergie, de la formation et de l’action sociale : Le Dôme, l’association Vent d’Ouest, l’IRTS et le CPIE Vallée de l’Orne.
