Marion Denorme : "La curiosité et les mystères du monde ne sont pas réservés au Bac +8"

Publié par Fête de la Science en Normandie, le 24 juillet 2019   690

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Marion Denorme, 32 ans, est l'ambassadrice de la 28ème Fête de la science en Normandie. Cette ancienne doctorante en biologie, lauréate de "Ma thèse en 180 secondes", a rejoint la startup rouennaise OmicX, qui accompagne les équipes de recherche en sciences de la vie sur les potentialités de la bioinformatique. Elle est convaincue que la recherche, si elle est partagée, peut permettre de relever les défis de demain.

Comment la recherche participe à la transformation de notre société et peut contribuer à "réenchanter le monde" ? 

En tant que chercheurs, nous jouissons d’une grande liberté de pouvoir exploiter et creuser des sujets passionnants. Pendant mon doctorat en biologie cellulaire et physiologie à l’Université de Rouen Normandie, j’ai travaillé sur un cancer très rare, considéré comme une maladie orpheline, assez mystérieux pour la communauté scientifique et donc mal pris en charge. Je me suis consacrée pendant quatre ans à l’étude de différentes thérapies permettant de ralentir sa croissance. 

Lors de ma participation au concours "Ma thèse en 180 secondes", j’ai été impressionnée par la diversité des champs de recherche possibles : un doctorant étudiait la datation d’image, une autre travaillait sur la détection de piétions par des caméras automobiles, un autre explorait le système de défense racinaire d’une espèce de pomme de terre. Soit autant de sujets, qui en somme, nous concernent tous.

Pourquoi est-il nécessaire de partager les fruits de la recherche ? 

Il est du devoir de tout chercheur de partager ses recherches avec le grand public, pour le mettre au cœur de ses avancées, qu’elles concernent l’agriculture ou les nouvelles technologies, et d’éveiller la curiosité du plus grand nombre. La recherche ne devrait pas être cloisonnée dans les laboratoires. Il y a pleins d’initiatives formidables qui ont à cœur de diffuser, mais aussi de faire participer le grand public. Je pense notamment au FabLab, ou encore aux nombreux événements et conférences (Fête de la Science, les conférences TED ou Pint of science) et à de nombreuses chaines YouTube de vulgarisation scientifique (le Vortex, Scilabus). La curiosité et les mystères de notre monde ne sont pas réservés aux Bac +8 en blouse blanche. 

Au-delà de faire naitre la curiosité, les chercheurs ont aussi des méthodes à partager. Ils emploient toute une démarche de pensée intellectuelle pour établir si une hypothèse est vraie ou fausse. Ces mêmes méthodes peuvent être appliquées dans notre vie de tous les jours et devraient être enseignées pour développer notre esprit critique, et ce dès le plus jeune âge. Il est par exemple fondamental aujourd’hui de savoir comparer différentes sources d’information.

Quelles sont les perspectives professionnelles après des études scientifiques ? 

Après la thèse, j’ai eu envie de me confronter à un nouveau monde, celui du privé ou de la startup, pour découvrir de nouvelles façons de travailler. Très intéressée par la communication scientifique, j’ai travaillé quelques mois pour les conférences TED à Paris, avant de rencontrer Arnaud Desfeux, chercheur et fondateur d’OmicX, une startup rouennaise dont le projet m’a beaucoup intéressé. 

Au départ, OmicX est une gigantesque base de donnée développée pour aider les chercheurs en sciences de la vie à trouver les meilleurs logiciels pour réaliser leur expérience. La biologie évolue de façon exponentielle grâce à l’essor des nouvelles technologies et d’une nouvelle discipline, la bioinformatique, qui permet d’analyser rapidement de très grandes quantités de données. J’ai donc commencé à participer à ce projet en tant que bio-curatrice – il fallait classer et alimenter la base de données avec les publications scientifiques. Mes études en biologie m’ont beaucoup servi à ce moment, car il fallait de solides connaissances et savoir lire rapidement la littérature. Ensuite, grâce à son fort potentiel et à une levée de fond, OmicX s’est développé et orienté vers le "text-mining" pour déchiffrer de façon automatique les publications scientifiques. La plateforme permet aujourd’hui au chercheur d’aller plus vite, car elle centralise la connaissance et permet d’améliorer la reproductibilité des expériences. 

Au fil du temps, je me suis investie dans plusieurs aspects du développement de la société, en participant aux levées de fonds ou encore à la propriété intellectuelle. L’opportunité d’être dans une petite équipe, c’est de pouvoir s’intéresser à de nombreux sujets et de pouvoir échanger avec tous les cœurs de métiers. Aujourd’hui, je me suis un peu éloignée de la R&D, j’occupe le poste de COO (chief operating officer ou directrice des opérations), et je suis investie dans la communication et le marketing de la plateforme tout en supervisant les aspects plus corporate et administratif comme la relation avec nos investisseurs. Le monde du privé commence de plus en plus à reconnaitre la valeur des jeunes chercheurs dans leurs équipes de R&D.


Crédits : Marylène Carre (DR).


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