Avenirs sobres : et si l’appartement du futur était un écosystème ?

Publié par Le Dôme, le 14 octobre 2026   1

Dans l’imaginaire collectif, l’appartement du futur déborde d’écrans, de capteurs ou d’objets connectés. Pour le TURFU Festival 2026, nous avons pris une autre direction : et si l’on regardait plutôt du côté des plantes, des champignons, de l’eau, des matériaux et de tout ce qui circule déjà dans un logement ? Avec Biosphère Expérience comme point de départ, plusieurs ateliers ont permis de fabriquer, cultiver, cuisiner et discuter pour réfléchir à des habitats plus sobres et plus appropriables.

Faire entrer la Biosphère dans un appartement

Le parcours s’est appuyé sur Biosphère Expérience, un projet porté par Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz. Après plusieurs expérimentations menées dans une plateforme flottante en Thaïlande puis dans le désert mexicain, l’équipe a développé Biosphère Urbaine : un habitat-écosystème installé dans un appartement et connecté à tout un réseau d’acteur·ices locaux.

Le principe consiste à regarder le logement comme un système dans lequel l’eau, l’énergie, l’alimentation, les déchets, les matériaux et le vivant sont liés les uns aux autres. Une approche assez différente de l’appartement du futur bardé de domotique, où l’innovation consiste surtout à réussir à allumer sa lampe depuis son téléphone sans se lever du canapé.

Ici, on interroge plutôt comment rendre les systèmes qui permettent d’habiter plus sobres, plus compréhensibles et plus faciles à modifier ? Pendant le TURFU Festival, nous avons choisi d’explorer cette question à travers plusieurs expériences tirées du programme de recherche-action "Biosphère expérience".

Adoptez un plant de gouttière

Crédits photos : Julien Hélie

Premier chantier : la bioponie d’intérieur.

Les participant·es de l’atelier Fabriquez l’appart’ du futur ! ont construit un petit système permettant de cultiver des plantes aromatiques chez soi, sans terre. Les racines poussent directement dans une eau enrichie en nutriments qui circule dans le dispositif.

Pour le fabriquer, il fallait une structure en bois, une gouttière, un seau de récupération, une pompe, un programmateur, des billes d’argile et quelques plantes. Autrement dit, un assemblage suffisamment simple pour que l’on puisse voir ce qui se passe et comprendre le rôle de chaque élément.

L’intérêt de la fabrication ne résidait donc pas seulement dans le fait de repartir avec un système fonctionnel. En montant l’objet pièce par pièce, les participant·es pouvaient observer comment l’eau circulait, pourquoi les racines devaient être protégées de la lumière ou encore comment régler la pompe.

Le tutoriel initial de Biosphère Expérience a d’ailleurs été modifié pendant la préparation de l’atelier afin d’adapter le système à nos outils et d’en améliorer certains aspects. Un bon rappel qu’un tutoriel low-tech n’est pas une recette gravée dans le marbre. Il est plutôt fait pour être testé, démonté, amélioré et adapté au lieu dans lequel il arrive.

Découvrir le tutoriel complet de l'hydroponie

Faites pousser vos objets

Après les plantes, place aux champignons ! L’atelier « Fungal Futur : adopte un champignon ! » proposait de découvrir les mycomatériaux, des matériaux fabriqués grâce au mycélium, la partie filamenteuse des champignons.

L’idée peut sembler étrange au premier abord : faire pousser un objet plutôt que le fabriquer. Pourtant, les matériaux à base de mycélium sont déjà étudiés et utilisés pour leurs propriétés : ils peuvent être légers, biodégradables et présenter des qualités intéressantes en matière d’isolation thermique ou acoustique.

Crédits photos : Ilan Vermeren

Accompagné·es par des architectes, un chercheur en toxicologie et une cultivatrice de pleurotes, les participant·es ont commencé par découvrir ce qu’est réellement un champignon et la diversité de ses usages. Il a ensuite fallu passer à la "cuisine" !

Un substrat riche en carbone, comme de la paille de chanvre ou du marc de café, est humidifié puis inoculé avec du mycélium de pleurote. Le mélange est placé dans un moule réalisé à partir de matériaux de récupération. Ensuite, il faut laisser le champignon travailler : le mycélium colonise progressivement le substrat et vient lier la matière.

Les participant·es sont ainsi reparti·es avec un objet qui, techniquement, n’avait pas encore fini de se fabriquer. Il fallait patienter quelques semaines, le laisser coloniser son moule, puis le démouler et le sécher pour stopper sa croissance.

Pour une fois, ne rien faire pendant quelques jours est essentiel dans le protocole de fabrication !

Découvrir la restitution de l'atelier "Frungal Futur"

La vie faite maison

La bioponie et les mycomatériaux nous ont permis d’aborder l’habitat par des entrées très différentes, mais avec un point commun : replacer le vivant dans les systèmes que nous utilisons quotidiennement.

Cultiver des plantes en intérieur oblige à regarder autrement l’eau, les nutriments ou la lumière. Faire pousser un matériau conduit à s’intéresser aux déchets organiques, aux conditions de croissance et au temps nécessaire à la matière pour se transformer.

Ces expériences permettent aussi d’élargir ce que l’on entend par « énergie ». Dans un logement, elle ne circule pas uniquement dans les câbles électriques ou les radiateurs. Elle est aussi mobilisée pour produire les matériaux, faire pousser les aliments, transporter des ressources, traiter les déchets ou maintenir certaines conditions de température.

Regarder l’appartement comme un écosystème revient donc moins à ajouter de nouveaux objets qu’à observer les relations entre ceux qui sont déjà là.

Une restitution à table

Crédits photos : Julien Hélie

Pour clôturer ce parcours, nous avons choisi une forme de restitution un peu particulière : un brunch.

Dans les assiettes, Elsa Rignault, artiste et cuisinière, avait préparé des recettes inspirées de Biosphère Expérience. Autour des tables, on retrouvait une partie des sujets traversés pendant le programme : les pratiques quotidiennes de sobriété, les objets low-tech, la fabrication, l’habitat, la recherche-action ou encore les différentes manières de définir ce qui est — ou non — low-tech.

Louis Lasnon, sociologue au CERREV s’est également prêté à l’exercice singulier d’un « 3615 Sociologie », une séquence invitant à transformer des problèmes volontairement absurdes en protocoles de recherche. Comment éviter que des touristes jettent leurs déchets dans les montagnes du Mordor ? Comment résoudre les problèmes de congestion routière à Kaamelot ? Derrière ces questions pas tout à fait inscrites au programme des politiques publiques caennaises, on retrouvait les mêmes étapes : observer une situation, récolter des données, formuler des hypothèses et tester des solutions.

Le brunch accueillait aussi « Allez, chiche ! », un projet d’Hélène Balcer et Bénédicte Parry qui raconte en bande dessinée des expériences de co-construction d’objets low-tech. Autant de manières différentes de découvrir et de raconter la façon dont la science et les sociétés interagissent, coopèrent et dialoguent.

Low-tech ou pas low-tech ?

Ce temps de restitution a enfin été l’occasion de revenir sur une question qui nous a accompagnés pendant tout le programme : qu’est-ce qui fait qu’une solution est low-tech ?

Simplicité, robustesse, utilité ou accessibilité font partie des critères régulièrement mobilisés, mais ils ne suffisent pas à constituer une définition parfaitement étanche.

Pendant le brunch, nous avons mis à l’épreuve une grille de questionnement construite par le réseau normand de la low-tech en l’appliquant à des exemples très différents. Un Vhélio ? Une voiture électrique ? Un kebab de lendemain de soirée ? Même le chanteur JUL a fini par passer au crible de l’analyse.

L’objectif n’était évidemment pas de distribuer des bons et des mauvais points, mais de montrer que la low-tech fonctionne davantage comme une série de questions à poser à un système ou à un objet : peut-on comprendre comment il fonctionne ? Le réparer ? Le produire ou l’adapter localement ? Quels effets a-t-il sur les ressources et les écosystèmes ? À quels usages répond-il ? Permet-il de renforcer une forme d’autonomie ?

À ce jeu-là, les frontières deviennent rapidement moins nettes qu’on ne pourrait l’imaginer.

Découvrir la restitution du "Brunch Low-Tech"

Faire avec le vivant

Crédits photos : Julien Hélie

Le TURFU Festival 2026 s’est donc articulé autour de la question suivante : vers quel futur souhaite-t-on se diriger ? Le vivant et la convivialité y occupent une place centrale : on veut comprendre et reprendre la main sur les systèmes techniques qui nous permettent de se loger, de se nourrir, de se chauffer, de se laver. 

Ce futur ressemblait davantage à une gouttière dans laquelle poussent des plantes, à un morceau de mycélium qui colonise lentement un moule, à des objets que l’on peut démonter ou adapter et à une grande table autour de laquelle on prend le temps de discuter de ce que l’on vient d’expérimenter.

Ce n’est évidemment pas un modèle d’habitat à reproduire tel quel. Ces ateliers servent plutôt à rendre visibles certains systèmes qui restent généralement cachés derrière les murs, les prises électriques, les emballages ou les objets que nous achetons.

Et à poser une question assez simple : si l’on comprend mieux ce dont nous dépendons pour habiter, comment s'y intégrer de façon harmonieuse ?


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POPSU Transitions est un programme de recherche-action porté par la Ville de Caen et le CERREV de l’Université de Caen Normandie. Il réunit plusieurs partenaires issus de la recherche, de la société civile, de l’énergie, de la formation et de l’action sociale : Le Dôme, l’association Vent d’Ouest, l’IRTS et le CPIE Vallée de l’Orne.