Ces moisissures qui polluent l’air de nos maisons

Publié par UNICAEN Normandie, le 7 octobre 2020   82

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Que révèle la présence de moisissures dans une maison ? Faut-il s’en inquiéter ? Quel impact sur la santé des résidents ? C’est à ces questions que répondent les chercheurs de l’unité ABTE (EA 4651) avec l’étude Mold’air. 

Qualité de l’air intérieur : un problème majeur 
En 2009, l’Organisation Mondiale de la Santé publiait un rapport sur la qualité de l’air intérieur, estimant que près de 50% des logements seraient touchés, en Europe, par des problèmes d’humidité. Une situation, variable selon les pays, qui n’est pas sans conséquence : l’humidité favorise le développement de champignons, et donc de moisissures sur les murs et les plafonds de nos intérieurs. « Ces moisissures constituent un risque potentiel pour la durabilité du bâti, mais aussi pour la santé des habitants », souligne David Garon, professeur de botanique, mycologie et biotechnologies. « Ces champignons microscopiques libèrent, dans l’atmosphère intérieur, des polluants susceptibles de déclencher des allergies ou de l’eczéma. Ils peuvent également aggraver des maladies respiratoires telles que l’asthme, voire se révéler toxiques pour des personnes fragiles ». Pour autant, face à la prolifération de moisissures, les seuils d’alerte sont encore méconnus : à quel moment le risque devient-il un danger ? « L’objectif de l’étude Mold’air est précisément d’évaluer l’impact de ces polluants d’origine fongique sur la santé des habitants et sur l’habitat lui-même », explique David Garon. 


Du terrain au labo
Première étape : le travail de terrain. « Nous nous déplaçons directement dans les habitats dits « dégradés », qui présentent des moisissures apparentes et persistantes », précise Antoine Géry, doctorant au laboratoire ABTE. « Nous récupérons les particules en suspension dans l’air grâce à différents outils de prélèvements. Nous nous entretenons également avec les résidents pour identifier d’éventuels problèmes de santé et pour connaître les caractéristiques de l’habitat, comme le type de ventilation ou le mode de chauffage ». Les prélèvements d’air sont analysés de retour au laboratoire. Objectifs : caractériser et quantifier les contaminants fongiques présents dans l’air intérieur. C’est ainsi que des espèces fongiques comme Aspergillus versicolor, Penicillium chrysogenum et P. crustosum, ont été identifiées de façon récurrente dans les habitats dégradés de Normandie. Ces analyses sont alors croisées avec les données collectées auprès des habitants. « Toutes ces informations sont ajoutées dans une base de données : l’idée est d’utiliser des méthodes statistiques pour vérifier s’il existe des relations entre une espèce fongique, les concentrations de particules en suspension dans l’air intérieur et l’apparition d’éventuels problèmes cutanés ou de gênes respiratoires. Si c’est le cas, nous réalisons ensuite des essais toxicologiques en laboratoire, sur des cellules de la peau et sur des cellules de poumon, pour vérifier si ces relations sont avérées ». 

Développer des outils et faire des recommandations 
L’étude Mold’air vise également à développer des outils de mesure afin d’avoir une évaluation rapide de la qualité de l’air ambiante. « Nous avons déjà validé une méthode moléculaire permettant de repérer certaines espèces fongiques dans l’air, indique David Garon. Dans le cadre de ses travaux de thèse, Antoine Géry met au point une nouvelle méthode adaptée à d’autres espèces, comme certains Aspergillus, qui produisent des toxines potentiellement cancérogènes ». 
Ces travaux s’intéressent également aux effets de facteurs climatiques comme la température et l’humidité sur la prolifération des champignons. Au laboratoire, les souches fongiques prélevées dans les habitats sont disposées dans des enceintes climatiques. « À terme, l’objectif est d’émettre des recommandations sur les conditions de développement des moisissures (hygrométrie, température) afin de prévenir leur apparition et assurer ainsi la durabilité de l’habitat », souligne Antoine Géry. La base de données, compte d’ores et déjà 68 habitats normands dégradés par des moisissures. Et le travail se poursuit !


L’étude Mold’air s’appuie sur des partenariats locaux : Région Normandie, Ville de Caen, Ville de Lisieux, Ville de Cherbourg-en-Cotentin, Agence Régionale de Santé, Agence de la transition écologique (ADEME), Caisse d’Allocations Familiales du Calvados.