La démocratie ne se proclame pas, elle se vit !

Publié par Dorothée Batiga, le 24 juillet 2026

La démocratie mondiale, une réalité ou une utopie ?

D'Athènes à l'ONU, un Libanais en quête de démocratie.

Sam-Chris Chamoun est né au Liban, formé en sciences politiques et en relations internationales, ce doctorant de troisième année à l'université du Havre Normandie au sein du laboratoire de recherche en droits fondamentaux, échanges internationaux et de la mer a choisi de consacrer ses recherches à l'une des questions les plus vertigineuses de notre époque : la démocratie peut-elle vraiment fonctionner à l'échelle du monde ?

Son parcours est celui d'un jeune homme qui ne sépare pas la réflexion de l'action. En effet, avant d'entamer son doctorat en droit international public, Sam-Chris, travaille dans les politiques publiques et dans le domaine de la formation, publie un premier ouvrage sur le système international, rédigé pendant la pandémie de Covid-19. Il a également collaboré avec des ONG, formé des jeunes aux compétences interpersonnelles. Un profil hybride, à la croisée du terrain et de la théorie, qui nourrit sa manière d'aborder la recherche.

Quand la crise sanitaire, le retour des autoritarismes et les guerres confirment une thèse

Sa thèse porte sur la démocratie dans la gouvernance mondiale, et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'actualité ne lui donne pas tort. La guerre au Moyen-Orient, le retour du multilatéralisme, la récente initiative de Donald Trump de fonder une nouvelle organisation internationale dédiée à la paix, sont autant d'événements qui, loin de fragiliser son sujet, viennent le nourrir et le confirmer.

« C'est une épée à double tranchant », reconnaît-il, car « D'un côté, il faut continuellement mettre à jour les choses, continuellement observer. C'est fatiguant. Mais de l'autre côté, ça valide un peu les choses. » Parce que pour Sam-Chris, l'histoire internationale n'est pas une succession d'accidents imprévisibles, et parmi les scénarios qu'il avait envisagés dans ses premières années de recherche figurait déjà la possibilité d'un embrasement au Moyen-Orient. La réalité lui a donné raison.

Ce que son travail met en lumière, c'est l'incapacité croissante des institutions multilatérales, et de l'ONU en premier lieu, à faire prévaloir un esprit collectif sur les intérêts nationaux. « Il y a le droit de veto, lorsqu'il y a des questions d'ordre sécuritaire et global, qui peut tout freiner », explique-t-il. Mais au-delà du veto, souvent cité, il s'attache à montrer que les limites de l'organisation onusienne sont plus profondes, plus diffuses, et souvent moins visibles : dans la distribution des fonds, dans les mécanismes d'entraide, dans les logiques de collaboration qui, en théorie, devraient transcender les souverainetés nationales.

Image générée par l’intelligence artificielle par Sam-Chris Chamoun

L'esprit démocratique comme approche

Sam-Chris voit la démocratie comme une disposition intérieure, comme un esprit. Une distinction qui peut sembler abstraite, mais qui prend tout son sens quand on observe le fossé entre les pays qui se réclament de valeurs démocratiques et ce qu'ils font réellement sur la scène internationale.

« Prôner la démocratie est différent de l'appliquer », dit-il simplement. Et pour l'illustrer, il choisit des exemples volontairement contrastés : les États-Unis, berceau de la démocratie libérale contemporaine ; la France et d'autres démocraties européennes ; et des cas plus complexes comme l'Irak, pays transformé de force en démocratie, mais dans lequel l'application réelle du modèle reste, au mieux, sujette à caution.

Sa définition de la démocratie est à la fois exigeante et lucide : « Il n'y a pas une définition bien précise, c'est un concept qui manque un peu de cadrage, et, un esprit qui reste à désirer dans l'application. » Il faut, selon lui, une volonté réelle des décideurs, nationaux et internationaux, de dépasser le stade du discours. Et c'est précisément cette volonté qui fait défaut, à tous les niveaux.

Sam-Chris s’appuie sur de nombreux auteurs aussi bien anglophones que francophones pour construire sa revue de littérature et son cadre théorique. Son ambition n'est pas de critiquer un seul auteur ou une seule école de pensée, mais de confronter plusieurs grilles de lecture pour mieux cerner ce que la démocratie est, et peut-être, ce qu'elle n'est pas encore.

Former, écrire, enseigner : la démocratie comme projet de vie

L’intérêt de Sam-Chris pour la démocratie ne s'est pas construit seulement dans ses lectures, mais aussi dans son travail dans la communauté. Au tournant des années 2020, il co-fonde au Liban une association dédiée à l'éducation citoyenne des jeunes, à la formation au leadership et à la culture démocratique. Et c'est dans le contact direct avec des jeunes confrontés à un système politique défaillant, que les grandes questions ont commencé à surgir : « On se dit qu'il y a de la démocratie, mais, pratiquement, elle est où ? Comment elle est exécutée ? C'est plutôt un concept ou bien plutôt une application ? ». Ces questions, il les porte aujourd'hui dans sa thèse.

Et après ? Sam-Chris se voit continuer à enseigner, à écrire, à conseiller, à être, en somme, le lien entre la pensée académique et le monde réel. « Des auteurs nous ont inspirés, et peut-être qu'avec le temps, c'est à nous d'inspirer les autres. C'est comme ça, l'éducation continue. »

Dans un monde où les démocraties libérales vacillent et où les régimes autoritaires affirment avec une confiance croissante leur propre légitimité, le rôle de la recherche académique lui semble plus nécessaire que jamais. Non pas pour imposer un modèle, mais pour « remettre la lumière sur l'importance de l'esprit démocratique », et rappeler que sans cet esprit, sans cette disposition collective à vouloir le bien commun plutôt que l'intérêt particulier, aucune institution, aussi bien conçue soit-elle, ne pourra tenir ses promesses. C'est peut-être cela, au fond, le message central de sa thèse : la démocratie n'est pas une case que l'on coche. C'est un choix que l'on renouvelle chaque jour.

Crédits : CC Tous droits réservés (Dorothée. Batiga . 2026)