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Le Dôme

Open badges : au delà du symbole, les publics et les usages.

Publié par François Millet, le 21 février 2018   1.3k

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Suite et fin du retour d'expérience "badges numériques ouverts" lancé au Dôme lors du TURFU Festival : quels enseignements et quelles orientations pour nos futurs badges numériques ouverts ?

Lors des précédents articles nous avons présenté la logique à l’oeuvre dans la conception des badges diffusés pendant le TURFU Festival puis les outils réalisés pour assurer l'information et la diffusion auprès des publics. Outre le soutien à la dynamique engagée par le collectif "Badgeons la Normandie" et  l'acculturation massive de nos publics au concept des "Open badges", cette première initiative avait avant tout pour objectif  de maturer notre appropriation de leurs potentiels usages. Voici les pistes de réflexions  et les enseignements qui orientent aujourd'hui notre façon d'envisager les badges.

#1 - ANTICIPER LES EMBUCHES À CHAQUE ÉTAPE

Nous aurions pu attribuer les badges en masse sur la base des listes d'inscription aux ateliers et accepter les demandes de façon automatique.  Nous avons préféré informer les publics du Dôme qu'ils pouvaient demander des badges, l'objectif n'étant pas de "badger" en masse mais d'estimer une appétence des participants pour ce type d'objets encore conceptuel. Afin de ne pas miser uniquement sur la présentation faite lors des ateliers, nous adressions un mail aux participants au terme de chaque atelier avec les liens vers les  formulaires de demande de badges. 

Reste que ce protocole d'obtention de badge n'est pas encore très fluide puisqu'à la réception de ce mail : 

  • la personne accède à un formulaire de demande de badge
  • elle doit ensuite remplir ce formulaire impliquant le plus souvent le dépôt d'une "preuve" (photo ou texte), 
  • à défaut d'être validée automatiquement, un certain temps peut s'écouler entre la demande et le moment où nous la traitons,
  • la personne reçoit alors un mail lui indiquant que le badge lui est délivré,
  • elle doit alors accepter son badge en cliquant sur l'onglet indiqué dans son mail,
  • si elle veut pouvoir l'enregistrer et le gérer, la personne  doit alors l'intégrer sur son passeport de badges, qu'elle doit par ailleurs créer si c'est sa première demande.

On voit bien que le protocole n'est pas ce qu'il y a de plus immédiat, ... Surtout pour des publics qui ne seraient pas familiarisés avec ce type de démarche. Il reste néanmoins nécessaire pour s'assurer de la qualité du badge et de sa non-falsification.

Ainsi, dans le cadre du TURFU Festival :

  • nous avons eu un peu plus de 400 inscriptions sur les ateliers, émanant d'un peu plus de 220 personnes,
  • nous ne disposions néanmoins que de 170 coordonnées individuelles du fait des inscriptions de groupes,
  • 60 d'entre elles ont réalisé une ou plusieurs demandes pour un total d'environ 130 demandes de badges, c'est à dire un peu plus de 25% des participants (soit un tiers des personnes ayant reçu une relance par mail)
  • un peu plus de 50% de ces demandes, correspondant entre 30 et 35 participant(e)s aux ateliers, ont donné lieu à l'acceptation de badges.

Sans élément de comparaison, cette proportion est notre première référence pour évaluer les demandes et acceptations futures. Elle nous alerte sur la nécessité de mieux préciser cet enchainement auprès de nos publics.  Cette information fait maintenant partie des différents supports et messages dédiés à la diffusion de badges.

#2 - POURSUIVRE LA RÉFLEXION SUR LE DESIGN DES BADGES

Les premières productions graphiques de badges réalisées par l'agence "Casus Belli" avaient exploré de nombreuses voies. Nous avions finalement énormément resserré la créativité sur le design, conscients des nécessaires évolutions qui allaient suivre cette première expérimentation.  Ainsi, les deux principaux problèmes identifiés sont :  

  • la dimension "niveau", contre-productive vis-à-vis de certains publics car susceptible de hiérarchiser les détenteurs d'un même badge entre eux et  se prêtant trop à une attestation arbitraire pour les niveaux "initié(e)", "amateur(trice)" et "expert(e)".
  • une certaine monotonie graphique des badges rendant leur distinction difficile les uns par rapport aux autres.

Le design imaginé pour les badges du TURFU Festival est toujours utilisé pour d'autres activités du Dôme (exemple de l'image de couverture de cet article) mais, fort de ces premiers constats, d'autres pistes sont  actuellement explorées, principalement dans le cadre de pratiques FabLab et d'acquisition de compétences techniques.

#3 - PRODUIRE DES BADGES DE QUALITÉ

Les badges du TURFU Festival étaient répartis ainsi :

  • 11 badges "Expérience" témoignant d’une participation, d’un engagement, de la présence sur une thématique précise, 
  • 9 badges "Savoir" qui font référence à une acquisition “traditionnelle” de connaissances,
  • 6 badges "Savoir-faire" attestant la capacité des personnes bénéficiaires à mettre en oeuvre une technique, se servir d’un outil, appliquer une méthode, ...,
  • 1 badge "Savoir-être" associé aux compétences dites “douces”.

Lorsque l'on observe les badges les plus demandés et acceptés (avec tous les biais déjà indiqués plus haut), on constate que ce sont exclusivement des badges de la catégorie "Expérience", à  deux exceptions près :

  • le badge "Savoir-faire" lié au projet de cartographie participative et open source Open Street Map
  • le seul badge "Savoir-être" attestant d'une démarche collaborative avec des sourds et malentendants.

Une interprétation serait la suivante : pour les publics du TURFU Festival invités à participer avant tout sur des enjeux d'évolution de nos sociétés, et sans appétence déclarée pour les sciences et techniques, le badge semble avant tout un outil de revendication d'engagement, voire de conviction, plus que d'aptitude. C'est donc la valeur intrinsèque du badge pour son bénéficiaire,  et non celle qui pourrait lui être accordée par autrui, qui se révèle.

Pour un centre de sciences disposant d'un FabLab, cette très faible revendication de badges "Savoir" et "Savoir-faire"  pourrait être déstabilisante mais pour un lieu tel que Le Dôme, visant à impliquer une population sur des enjeux de sciences et de société, c'est a contrario rassurant !

#4 - EN CONCLUSION 

Forts de ces constats, nos modalités de conception et diffusion d'Open badge ont évolué :

  • Tout d'abord, une description du protocole de demande puis d'acceptation des badges est désormais présente à toutes les étapes : supports physiques d'information (affiches), pages de formulaire de demande, mails de diffusion et d'acceptation... Essentiellement verbal, il  devra être complété d'éléments plus graphiques, voire d'un "tutoriel" ou d'un document pédagogique complétant nos premiers outils de vulgarisation.
  • Ensuite, plus qu'un niveau ou un degré, c'est le témoignage d'un parcours qui doit être intégré dans les badges. Les principaux avantages de cette orientation sont le gommage de la hiérarchie au profit d'une progression individuelle et objectivée. Parcours de formation, de découverte, d'apprentissage ou thématique, ... Une approche finalement cohérente avec  la proposition culturelle du Dôme basée sur une récurrence de fréquentation de ses publics.
  • Enfin, à défaut de s'intégrer dans un parcours, les badges n'ont de portée que s'ils ont une valeur intrinsèque. Il ne faut pas qu'ils viennent certifier ou attester de ce qui a été fait  mais au contraire incarner la revendication de ce qu'une personne peut faire ou ce dans quoi elle s'engage ! Des badges qui servent à quelques chose, qui aient un usage.

Car un des principaux écueils des badges serait qu'ils "ne relèvent que d'illusions de contrôle et de compétence dans l’acquisition de moyens de reconnaissance et d’intégration sociale" (Gobert, 2018). Ces illusions de contrôle sont des projections de capacités décisionnelles personnelles sur des événements qui n’offrent pas de prise. Elles ont pour objet de "réduire le stress immédiat et de se défendre contre la pression du moment en réalisant des actes sans conséquence ou en reportant l’ajustement d’un comportement" (Moser, 1992). En ne portant qu'un imaginaire de diplôme, les badges alimenteraient ainsi des illusions de contrôle et de compétence, à l’œuvre pour réguler les effets de stress liés aux processus de reconnaissance institutionnels.

La meilleure réponse à cette potentielle dérive, ce sont leurs usages ou leur utilité. Pour cela, certaines pistes sont à puiser au sein des leviers de la participation des publics tels qu'envisagés ci-dessous.

D'après "Living Lab : une autre forme de rapport au public / Direction : Bruno Dosseur / Thomas Amourous - Membres du groupe Living Lab : François Millet (Le Dôme) / Malvina Artheau (Science Animation) / Laurence Battais (Universcience) / Richard Fuentes (Science Animation) / Didier Laval (Cap Sciences) / Ludovic Maggioni (La Casemate)

Car aujourd'hui, le seul usage possible des badges est de les partager sur ses profils et médias sociaux. L'enjeu est donc de prototyper des usages qui s'appuient sur cette fonctionnalité de "partage et affichage" tout en commençant à envisager le développement d'interactions supplémentaires.

Un chantier sur lequel Le Dôme et plusieurs de ses habitants et partenaires normands sont déjà mobilisés et en cours de structuration.