Entre le vélo et la voiture : que faire d’un Vhélio ?

Publié par Le Dôme, le 4 novembre 2026

À quoi ressemble un véhicule qui ne serait ni vraiment un vélo, ni vraiment une voiture ? Dans le cadre du Trophée Vhélio, le réseau Low-Tech Normandie s’est lancé dans la construction d’un véhicule solaire capable de transporter des personnes et du matériel. Pour POPSU Transitions, l’intérêt du projet était autant dans l’objet lui-même que dans les questions qu’il permettait de poser : de quoi avons-nous besoin pour nous déplacer, et quelles infrastructures faut-il imaginer autour de nouvelles formes de mobilité ?

Un drôle de véhicule

Crédits photos : Trophée Vhelio & Marine Thomann

À première vue, le Vhélio ressemble à un croisement entre un vélo cargo, un petit véhicule électrique et quelques panneaux solaires.

Il s’agit d’un véhicule à assistance électrique, conçu pour transporter plusieurs personnes ou du matériel et dont la batterie peut notamment être rechargée grâce à des panneaux photovoltaïques installés sur son toit. Ses plans sont ouverts afin que le véhicule puisse être construit, réparé et modifié par les personnes qui l’utilisent.

Le réseau Low-Tech Normandie s’est lancé dans sa fabrication dans le cadre du Trophée Vhélio, une aventure collective réunissant plusieurs équipages autour de l’assemblage et d’un convoi solidaire jusqu’à Hastings en Angleterre. 

Pour POPSU Transitions, le Vhélio constitue surtout un bon objet à mettre entre les mains des participant·es. Parce qu’une fois construit, une question se pose : maintenant, qu’est-ce qu’on en fait ?

Construire, puis comprendre

Une grande partie de l’intérêt du Vhélio tient à sa fabrication.

Contrairement à un véhicule acheté clé en main, son assemblage oblige à comprendre une partie de son fonctionnement : structure, transmission, assistance électrique, panneaux solaires, freinage, équipements… Le véhicule devient beaucoup moins mystérieux une fois que l’on a passé quelques heures à chercher où va telle pièce et pourquoi la suivante ne rentre manifestement pas comme prévu.

Cette compréhension est importante dans une approche low-tech. Pouvoir identifier les différents éléments d’un système facilite sa maintenance, sa réparation et son adaptation. Cela permet aussi de distinguer ce qui peut être pris en charge localement de ce qui nécessite des compétences ou des pièces plus spécifiques.

Le Vhélio est donc autant un véhicule qu’un support d’apprentissage collectif.

Mais où roule-t-on avec ça ?

Crédits photos : Trophée Vhelio & Marine Thomann

Une fois le véhicule assemblé, les questions prennent de la hauteur sur l’objet et interrogent son usage dans l’espace public : peut-on l’utiliser pour aller travailler ? Faire les courses ? Transporter des enfants ? Livrer du matériel ? Assurer les déplacements d’une association ? Combien de kilomètres peut-on raisonnablement parcourir avec ? Où peut-on le stationner ? Et sur quelle voie roule un engin qui occupe sensiblement plus de place qu’un vélo classique ?

Le Vhélio permet ainsi de mettre en discussion une catégorie de véhicules encore relativement peu présente dans l’espace public : les véhicules intermédiaires, situés quelque part entre les mobilités actives traditionnelles et la voiture.

Leur développement ne dépend pas seulement des performances du véhicule. Il dépend aussi de ce qui existe autour : stationnement sécurisé, voies adaptées, possibilités de recharge, espaces de réparation ou encore règles de circulation.

Un véhicule peut donc être parfaitement fonctionnel et néanmoins assez compliqué à utiliser si l’environnement dans lequel il arrive n’a pas été pensé pour lui.

Une mobilité n’est jamais seulement un véhicule

Cette question est particulièrement visible lorsqu’on s’intéresse aux usages quotidiens.

Entre un vélo classique et une voiture individuelle, il existe une grande variété de besoins : transporter deux enfants, déplacer du matériel professionnel, faire quinze kilomètres jusqu’à son lieu de travail, effectuer une livraison locale ou rejoindre une commune voisine.

Tous ne nécessitent pas nécessairement une voiture, mais tous ne sont pas non plus facilement réalisables avec un vélo classique.

Le Vhélio permet de matérialiser cet espace intermédiaire et, surtout, de discuter de ses limites. Pour quels trajets est-il pertinent ? Pour quelles personnes ? Dans quels territoires ? Et dans quelles conditions ?

La question n’est donc pas de remplacer toutes les voitures par des Vhélios. Ce serait une façon assez rapide de retrouver exactement le même problème avec un véhicule différent.Il s’agit plutôt d’élargir la gamme des possibilités disponibles et de regarder, usage par usage, quelles formes de mobilité peuvent être adaptées.

Qui fait rouler la routourne ?

Crédits photos : Trophée Vhelio & Marine Thomann

Comme pour les scénarios imaginés pendant l’atelier Sobriété créative, les questions techniques finissent aussi par rencontrer des questions d’organisation. Oui, la roue tourne, mais qui pédale ?

Qui possède le véhicule ? Une personne, une association, une entreprise, une collectivité ? Peut-il être partagé ? Qui assure son entretien ? Où stocker les pièces ? Comment former de nouvelles personnes à sa réparation ? Quelle assurance utiliser ? Comment accompagner les personnes qui souhaitent tester ce type de mobilité sans nécessairement en acheter un ?

Ces questions peuvent sembler périphériques lorsqu’on regarde simplement le véhicule exposé dans un atelier. Elles deviennent pourtant centrales dès que l’on souhaite l’utiliser.

C’est aussi ce qui fait du Vhélio un objet intéressant pour une recherche sur les politiques publiques : il faut certes penser un objet dont l’usage permet plus de sobriété,  mais aussi les infrastructures publiques qui permettent son déploiement. Construire le véhicule permet d’en comprendre la mécanique, mais le faire rouler permet de comprendre tout le reste.


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POPSU Transitions est un programme de recherche-action porté par la Ville de Caen et le CERREV de l’Université de Caen Normandie. Il réunit plusieurs partenaires issus de la recherche, de la société civile, de l’énergie, de la formation et de l’action sociale : Le Dôme, l’association Vent d’Ouest, l’IRTS et le CPIE Vallée de l’Orne.