Faire territoire autour de la sobriété énergétique

Publié par Le Dôme, le 8 septembre 2026   2

Comment réduire nos dépenses énergétiques sans réduire nos vies ? Pendant deux ans, cette question a servi de fil rouge au programme POPSU Transi

Comment réduire nos dépenses énergétiques sans réduire nos vies ? Pendant deux ans, cette question a servi de fil rouge au programme POPSU Transitions à Caen. Plutôt que d’aborder la sobriété uniquement sous l’angle des économies d’énergie ou des changements de comportements individuels, nous avons choisi de l’explorer comme une question collective : comment partager des ressources, retrouver de l’autonomie, fabriquer ensemble, rendre visibles les pratiques déjà existantes et imaginer des formes de transition à l’échelle d’un quartier ou d’un territoire ?

À Caen, POPSU Transitions a réuni la Ville de Caen, le CERREV, Le Dôme, l’association Vent d’Ouest, l’IRTS, le CPIE Vallée de l’Orne et plusieurs partenaires issus de la recherche, de la société civile, de l’énergie, de la formation et de l’action sociale. Le programme s’est inscrit dans une démarche de recherche-action : il ne s’agissait pas seulement d’étudier la ville et ses habitant·es, mais de produire des connaissances avec celles et ceux qui l’habitent, la traversent, l’organisent et peuvent aussi contribuer à la transformer.

Faut-il culpabiliser pour être sobre ?

Auteur : Weimer Pursell, 1943

La sobriété énergétique est généralement présentée comme une nécessité : moins consommer, réduire les émissions, réparer davantage, limiter certains déplacements ou certains équipements. Mais elle reste aussi fortement associée à la contrainte, à la privation et parfois à la culpabilisation.

La culpabilisation n’est d’ailleurs pas une stratégie nouvelle. En 1943, aux États-Unis, une affiche de propagande destinée à encourager le covoiturage allait jusqu’à proclamer : « Quand vous conduisez seul, vous conduisez avec Hitler ! » Une manière particulièrement radicale de faire de la réduction de la consommation de carburant une responsabilité individuelle et morale. Le programme est parti d’une autre hypothèse : et si la sobriété pouvait aussi créer de nouvelles formes de solidarité, d’entraide et d’autonomie locale ?

Au fil des ateliers, nous avons constaté que de nombreuses pratiques existaient déjà sans forcément porter le nom de « sobriété » : mutualiser du matériel, réparer des objets, partager un trajet, cuisiner autrement, récupérer des matériaux, organiser une friperie ou cultiver quelques plantes.

Ces pratiques rappellent que la sobriété énergétique n’est pas seulement une question de technologie ou de bonne volonté individuelle. Elle dépend aussi des logements, des transports disponibles, des revenus, du temps, des compétences, des réseaux d’entraide et des politiques publiques.

C’est notamment pour cette raison que nous avons travaillé à l’échelle du quartier : une échelle suffisamment proche pour observer les contraintes concrètes, mais suffisamment collective pour dépasser les seuls gestes individuels.

Expérimentations à foison !

Crédits photo : Julien Hélie

Pendant deux ans, Le Dôme a vibré avec les habitant·es de Caen (et au-delà !) à travers un foisonnement de cycles d’ateliers, de fabrication et de mise en discussion.

Nous avons travaillé avec deux collectifs caennais, La Kabane et 2 Choses Lune, pour imaginer puis fabriquer des objets low-tech adaptés à leurs usages.

Pendant le TURFU Festival 2025, les participant·es ont cartographié des pratiques ordinaires de sobriété à Caen et imaginé des scénarios de quartier : friperie d’immeuble, mobilité partagée, vélos collectifs ou encore petites installations énergétiques à gérer en commun.

En 2026, le parcours autour de Biosphère Expérience a permis d’explorer l’habitat comme un écosystème, à travers la bioponie, les mycomatériaux, la cuisine et différents dispositifs low-tech.

Le programme s’est également prolongé à l’échelle régionale avec l’Automne de la Low-Tech, puis auprès des collectivités avec le parcours COLOW, consacré à la place de la low-tech dans les politiques publiques.

Enfin, la construction d’un Vhélio, véhicule solaire intermédiaire entre le vélo cargo et la voiture, a permis d’interroger très concrètement les conditions nécessaires au développement de nouvelles formes de mobilité sobre.

Ces expériences ont parfois abouti à des objets fonctionnels. D’autres à des prototypes imparfaits, à des cartes, à des scénarios ou simplement à de nouvelles questions. Et c’est précisément ce qui nous intéressait !

Des ateliers comme outils de recherche

Dans cette démarche, les ateliers ne sont pas envisagés seulement comme des temps de sensibilisation. Ils servaient simultanément à :

  • comprendre des enjeux scientifiques et techniques ;
  • recueillir des pratiques, des représentations et des besoins ;
  • imaginer des objets ou des services ;
  • fabriquer et tester des prototypes ;
  • observer ce qui suscite de l’envie ou au contraire ce qui bloque ;
  • restituer et mettre en discussion les résultats.

Dans cette démarche, un prototype qui ne fonctionne pas parfaitement peut ainsi être un résultat de recherche. Une permanence qui ne trouve pas son public aussi. Une idée jugée séduisante mais impossible à organiser collectivement permet également de comprendre quelque chose.

La recherche-action ne cherche donc pas seulement à répondre à la question : « quelle solution fonctionne ? » Elle cherche aussi à comprendre : à quelles conditions une solution peut-elle devenir appropriable ?

Ce carnet de recherche

Pendant le programme, nous avons produit des objets, mais aussi des méthodes, des cartes, des photographies, des scénarios, des récits, des restitutions et de nombreux enseignements. Ce carnet Echosciences a pour objectif de les rendre accessibles.

Dans les prochains articles et ressources, nous reviendrons notamment sur :

  • la fabrication d’un barbecue solaire avec le collectif La Kabane ;
  • l’expérimentation d’une cafetière solaire avec 2 Choses Lune ;
  • la cartographie des pratiques ordinaires de sobriété à Caen ;
  • les scénarios de « sobriété conviviale » imaginés avec les publics ;
  • les expérimentations menées autour de l’appart’ du futur ;
  • la place de la low-tech dans les politiques publiques ;
  • les principaux enseignements tirés de ces deux années de recherche-action.

L’ambition n’est pas de proposer un modèle à reproduire tel quel, mais de partager suffisamment de traces pour que d’autres puissent reprendre, adapter, discuter, critiquer ou prolonger ces expérimentations.

Car l’un des principaux enseignements du programme est peut-être celui-ci : la transition énergétique ne se construit pas seulement à partir de chiffres, de plans ou d’injonctions. Elle se construit aussi dans des lieux où l’on peut essayer, fabriquer, discuter, se tromper, apprendre et faire ensemble.

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Envie de découvrir toutes les expérimentations menées au Dôme dans le cadre du programme POPSU Transitions ? Découvrez notre dossier thématique en cliquant sur ce lien.

POPSU Transitions est un programme de recherche-action porté par la Ville de Caen et le CERREV de l’Université de Caen Normandie. Il réunit plusieurs partenaires issus de la recherche, de la société civile, de l’énergie, de la formation et de l’action sociale : Le Dôme, l’association Vent d’Ouest, l’IRTS et le CPIE Vallée de l’Orne.