Imaginer la sobriété à l’échelle du quartier

Publié par Le Dôme, le 29 septembre 2026   2

À quoi ressemble la sobriété énergétique quand on la regarde depuis un quartier plutôt que depuis une liste d’écogestes ? Pendant le TURFU Festival 2025, avec la participation du sociologie Louis Lasnon (CERREV), nous avons proposé aux participant·es de partir de leurs pratiques quotidiennes, de regarder ce qui existe déjà à Caen, puis d’imaginer des objets et des services low-tech à l’échelle collective. Au menu : une carte de la ville, beaucoup de post-it, quelques vélos, une friperie et même des éoliennes déguisées pour Halloween.

Une ville déjà pleine de sobriété

Crédits photos : Thimoté Lebrun

Avant d’imaginer de nouveaux projets, nous avons commencé par une question assez simple : quelles pratiques, installations, habitudes ou astuces permettent déjà de réduire les consommations d’énergie à Caen ?

Réparti·es en petits groupes, les participant·es ont recensé leurs exemples sur des post-it avant de les placer sur une carte de la ville. On y retrouvait des bornes de vélos Twisto, le recyclage de cartons à l’internat du lycée Laplace, des mobilités douces, du réemploi, des pratiques d’entraide, des équipements moins énergivores ou encore toute une série de gestes du quotidien.

Petit à petit, la carte s’est remplie de choses qui existaient déjà mais que l’on ne rassemble pas forcément sous une même étiquette. Certaines relèvent de dispositifs organisés, d’autres de pratiques beaucoup plus ordinaires.

Cette première étape permettait surtout d’éviter de commencer l’atelier avec une ville vide sur laquelle il faudrait venir déposer de « bonnes solutions ». Des manières de consommer moins, de mutualiser ou de faire autrement existent déjà. Encore faut-il prendre le temps de les regarder.

La cartographie réalisée pendant l’atelier a ensuite été prolongée sur OpenStreetMap afin de conserver une trace de ces pratiques au-delà du festival.

Accéder à la cartographie des pratiques ordinaires

Faisable, souhaitable… et dans quelles conditions ?

Les participant·es ont ensuite travaillé sur leur propre rapport à la sobriété à partir de deux questions : qu’est-ce qui vous semble faisable ? Et qu’est-ce qui vous semble souhaitable ?

Les deux ne vont pas nécessairement ensemble : Réduire l’usage de la voiture peut par exemple être considéré comme souhaitable, tout en étant compliqué lorsque les horaires de travail sont décalés, que l’on habite loin de son lieu d’activité ou que les transports en commun ne correspondent pas aux déplacements nécessaires. À l’inverse, certaines pratiques peuvent être techniquement simples à mettre en œuvre sans pour autant donner très envie.

Nous avons ensuite reposé les mêmes questions à l’échelle collective. Que devient une pratique lorsque ce n’est plus une personne qui doit s’organiser seule, mais un immeuble, une école ou un quartier ? C’est à partir de là que les idées ont commencé à se multiplier.

Accéder aux grilles "faisables" / "souhaitables"

Des vélos, des vêtements et quelques éoliennes

Crédits : Le Dôme

Réparti·es en groupes, les participant·es ont imaginé des objets ou des services qui permettraient de travailler la sobriété de manière collective.

Le Pédasnack proposait par exemple d’installer des vélos générateurs d’énergie dans une cour d’école. Les élèves pourraient pédaler pendant leurs temps de pause et récupérer en échange des restes de cantine ou quelques snacks. Au-delà de la quantité d’électricité réellement produite, le dispositif permettait surtout de rendre l’énergie beaucoup moins abstraite : il suffit de pédaler un moment pour constater qu’en produire demande un certain effort.

La friperie d’immeuble imaginait quant à elle une boutique de vêtements de seconde main installée une fois par mois dans une salle commune et tenue à tour de rôle par les habitant·es. On y parlait donc autant de réemploi que de pouvoir d’achat, d’espaces partagés et d’organisation entre voisin·es.

Avec l’Eko-car, les participant·es ont travaillé autour d’un système d’autopartage électrique alimenté par de l’énergie solaire, notamment dans les zones moins bien desservies par les transports en commun.

Un autre groupe a imaginé un transport scolaire en rosalies, fabriquées dans le cadre de chantiers d’insertion et utilisées pour accompagner collectivement les enfants jusqu’à l’école.

Enfin, un réseau de petites éoliennes de quartier pourrait être construit, entretenu et réparé par les habitant·es. Le groupe avait même prévu de les déguiser à Halloween, parce qu’il n’existe manifestement aucune raison pour que la maintenance énergétique empêche d’accrocher quelques fantômes sur une éolienne.

Ces propositions étaient évidemment des scénarios, pas des projets prêts à être installés dès la semaine suivante. Leur intérêt était justement de pouvoir pousser certaines idées suffisamment loin pour faire apparaître les questions qu’elles posaient.

Accéder aux scénarios de sobriété en quartiers

Très bien, mais qui s’en occupe ?

Nous avons donc présenté ces scénarios à d’autres publics du TURFU Festival en leur demandant d’évaluer leur désirabilité et leur faisabilité. Les discussions se sont rapidement déplacées vers des questions assez peu techniques.

Une friperie commune, d’accord, mais qui récupère les vêtements et tient les permanences ? Pour l’Eko-car, qui réserve la voiture, l'entretien ou paie l’assurance ? Pour les rosalies, qui accompagne les enfants ? Et pour les éoliennes, qui se charge des réparations ?

Les objets pouvaient être réalisables sur le papier, mais cela ne suffisait pas à en faire des projets réalisables dans un quartier.

Il fallait aussi savoir qui décide, qui entretient, qui finance, qui utilise et qui prend la responsabilité de ce qui a été imaginé. Ce résultat nous a amené·es à regarder autrement les scénarios produits pendant l’atelier. Derrière une friperie, une voiture partagée ou une éolienne, il y avait toujours une forme d’organisation collective à inventer.

Une idée peut-elle voyager toute seule ?

Crédits photos : Thimoté Lebrun

Après le TURFU Festival, nous avons organisé plusieurs ateliers « Fabrique Low-Tech » et des permanences au Fab Lab pour poursuivre le travail engagé.

Nous pensions notamment pouvoir nous appuyer sur les scénarios imaginés lors de Sobriété créative. Mais les nouvelles personnes présentes avaient plutôt envie de développer leurs propres idées que de reprendre celles d’un groupe précédent. Même constat avec les permanences ouvertes : sans projet précis ou communauté déjà constituée, elles ont peu mobilisé.

Une idée peut être documentée, expliquée, montrée et même jugée désirable sans être automatiquement appropriée par d’autres. Le scénario constitue alors davantage un support pour réfléchir et discuter qu’un objet que l’on pourrait simplement transmettre d’un groupe à l’autre.

Les expérimentations menées ensuite avec La Kabane et 2 Choses Lune nous ont d’ailleurs ramené·es vers cette question sous une autre forme : lorsqu’un projet répond à un usage identifié par les personnes qui vont le fabriquer ou l’utiliser, la dynamique n’est pas la même.

Partir de ce qui est déjà là

L’atelier « Sobriété créative » n’a donc pas produit une liste de solutions à appliquer dans les quartiers caennais. Il a plutôt permis de mettre en évidence deux choses :  

  • Beaucoup de pratiques liées à la sobriété sont déjà présentes dans la ville, parfois sans être reconnues ou nommées comme telles.
  • Entre une idée jugée intéressante et sa mise en œuvre collective, il reste une question assez importante : comment s’organise-t-on ?

Une friperie ne fonctionne pas toute seule. Une voiture partagée non plus. Même une petite éolienne, aussi joliment décorée soit-elle, finit tôt ou tard par avoir besoin de quelqu’un avec une caisse à outils.

C’est peut-être là que se situe une partie du passage de la sobriété individuelle à la sobriété collective : pas seulement dans ce que l’on fabrique ou ce que l’on consomme, mais dans les manières de s’organiser pour le faire ensemble.

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POPSU Transitions est un programme de recherche-action porté par la Ville de Caen et le CERREV de l’Université de Caen Normandie. Il réunit plusieurs partenaires issus de la recherche, de la société civile, de l’énergie, de la formation et de l’action sociale : Le Dôme, l’association Vent d’Ouest, l’IRTS et le CPIE Vallée de l’Orne.