La transition énergétique sur l'Île de Chausey

Publié par Pauline Ducoulombier, le 9 avril 2019   150

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Saviez-vous que les Îles Chausey était considérée comme un quartier de Granville par les urbanistes ? En tant que propriétaire des réseaux de la ville, le Syndicat des énergies de la Manche a donc été mobilisé pour développer le projet d’autonomie énergétique de l’archipel. Michel Rault, Responsable du Pôle “Energies” du Syndicat est venu présenter cette initiative lors du “Mercredi de l’hydrogène” de février 2019.

POUVEZ-VOUS
NOUS PRÉSENTER LES ÎLES CHAUSEY ?

L’archipel de Chausey, le plus grand d’Europe, regroupe 365 îlots dont le plus grand, la Grande Île, d'une superficie de 45 hectares, se situe à 16 kilomètres au large de Granville. En tant que   “Site naturel remarquable”, cette île appartient au réseau “Natura 2000” et intègre une zone de protection spéciale pour les espèces protégées Elle est également soumise à la Loi Littoral. Le cumul de ces lois et obligations complique le moindre  projet d’aménagement, même le plus simple, sur cette île. Dans ces conditions, le développement d’un programme de transition énergétique est un vrai défi !

Une autre particularité réside dans le fait que la population de la Grande Île varie énormément selon les saison. De moins de 10 habitants en hiver, principalement des pêcheurs à la retraite, on passe à plus de 70 000 visiteurs en été.  et l'été c'est jusqu'à 71 000 visiteurs. La difficulté est là de trouver un système de production capable de s’adapter à ses grandes variations de consommation.

QUELLE EST CETTE CONSOMMATION ? COMMENT L’ÉLECTRICITÉ EST-ELLE PRODUITE AUJOURD’HUI ?

La Grande île n'est pas raccordée au réseau continental, toute l'électricité est produite sur place. On appelle cela une Zone non-connectée (ZNI).  La consommation d'électricité représente environ 532 mégawatt/heure (MWh) par an. Comme sur toutes les îles, et contrairement au continent, c’est EDF-SEI qui exploite, entretien l'installation de production et commercialise l’électricité. Il est aussi dans la majorité des cas propriétaire de la centrale de production. Le tarif y est donc réglementé, il n'y a pas de surcoût à l'achat de l’énergie.

QUEL EST LE DIAGNOSTIC 
ÉNERGÉTIQUE DE LA GRANDE ÎLE ?

Il y a 46 livraisons de fioul par an (environ 180 000 litres) pour assurer la production d’électricité. Il est réparti sur deux cuves de stockage et une installation de quatre groupes électrogènes permet  d’adapter la production en fonction des besoins. Les cuves de stockage sont vieillissantes, ce qui constitue un risque supplémentaire de pollution en plus de la forte consommation d'énergie fossile et des émissions de gaz à effet de serre (GES). 

Les communications sont compliquées sur l’île ce qui entraîne des problèmes pour la remise en route de l’installation qui se fait normalement via des routeurs 3G.  Il arrive donc que le réseau ne fonctionne pas, ce qui oblige une relance manuelle  si la marée nous le permet !     

L'ensemble de l’île est desservi par un double réseau basse et haute tension, cela nous  permet de pouvoir envisager sereinement une production d'énergie renouvelable.

COMMENT AVEZ-VOUS ABORDÉ LE PROJET
DE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE POUR LA GRANDE ÎLE  ?

Nous sommes conscient depuis  le lancement du projet que produire de  l'énergie renouvelable sur une île n’est pas chose facile. , Il a donc  fallu mettre de la cohérence dans tout cela. L'idée est de maîtriser les consommations en énergie : nous nous sommes fixés comme objectif de baisser la consommation de l'île de 10% et de passer au 100% énergie renouvelable d’ici à 2030. Nous avons deux scénarios possibles : 

  1. Intégrer les énergies renouvelables  sur l'île Développer  soit par une installation de 250 kilowatts ou de 500 kilowatts de production solaire photovoltaïque,
  2. Renforcer ou diversifier la production renouvelable et surtout  construire un système de stockage à qui va nous aider à atteindre nos objectifs.

QUELLES ACTIONS AVEZ-VOUS DÉJÀ ENGAGÉES ? 
AVEZ-VOUS RENCONTRÉ DES DIFFICULTÉS ?

Nous avons distribué des ampoules LEDs et des économiseurs d'eau. L'idée était surtout de faire de la sensibilisation auprès des habitants pour leur montrer que tous les éléments étaient réunis maintenant pour envisager d'aller vers de la transition énergétique.

Pour ce qui est des difficultés, notre souci principal est de récupérer les consommations des habitants. Des compteurs Linky ont été installés  sur l'île, cela devait nous faciliter le travail mais cela n’a pas eu l’effet escompté . Finalement, nous allons être obligés de travailler à partir des courbes de production.

QU’ENVISAGEZ-VOUS POUR LA SUITE ?

Pour 2019, nous envisageons travailler sur les appareils frigorifiques (les chambres froides, les congélateurs des habitants) et plus tard sur le remplacement de convecteurs pour gagner en efficacité énergétique. L’objectif de baisse de  10% ne sera néanmoins pas suffisant pour aller chercher l'autonomie.

L’utilisation d’hydroliennes étant impossible en raison des trop faibles fonds marins, la solution privilégiée par les habitants était de tirer un câble depuis le continent mais, au-delà du coût estimé très élevé, cela entrainerait des restrictions de pêche et les forts mouvements de marée amèneraient à une usure trop rapide du câble. Nous sommes donc parti sur l’idée de produire l’énergie sur place grâce au photovoltaïque. L’ensemble des habitations étant classé aux Bâtiments de France, il n’était pas envisageable d’implanter des panneaux sur les maisons. Il nous reste donc deux scénarios possibles : la toiture d’un fort militaire ou un grand terrain où l’on produirait 472 mégawatt/heures. Le terrain paraît être la meilleure alternative mais cela nécessite  un permis de construire, chose impossible à obtenir avec la Loi Littoral.

COMMENT PARVENIR À L’AUTONOMIE 
AVEC UNE PRODUCTION SOLAIRE ?

Nous n’arriverons pas à combler tous les besoins avec le scénario du fort militaire et nous n’avons quasiment pas de possibilités de stockage. A certains moments de la production, il n’y a pas de demande sur l’île donc nous pourrions stocker à ces moments. Si la situation venait à s’inverser avec le terrain, nous arriverions à dégager suffisamment de capacités de stockage. 

Or nous sommes en Normandie et il y a des contraintes avec les mois de novembre, décembre, janvier et février où le photovoltaïques a ses limites. C’est la qu’il y a une vraie plus value de l'hydrogène puisque pour nous c’est la vertu du stockage inter-saisonnier.

QUELLE SOURCE D’EAU ALLEZ-VOUS
UTILISER POUR PRODUIRE L’HYDROGÈNE ?

Si on utilisait de l’eau de mer, elle devrait suivre un traitement pour être désaliniser. Nous souhaitons donc privilégier la récupération d’eau de pluie, aussi bien pour des vertus écologique que techniques. Il existe déjà  un système de drainage de toutes les toitures du fort, il faudra le remettre en état.

Sur le terrain, on va devoir récupérer l’eau ailleurs et ensuite la transporter.

COMMENT ALLEZ-VOUS INTÉGRER TOUT CELA ?

L’idée est d’utiliser ce que l’on appelle  un EMS (Energy Management System), c’est-à-dire une intelligence artificielle qui va privilégier l’injection directe dans le réseau pour les habitants quand il y aura de la production photovoltaïque. L’énergie non consommée sera redirigée vers des batteries pour être stockée. Il s’agit d’un stockage à court terme, toute l’énergie produite  en journée est restituée la nuit. A l’issue de ce schéma le surplus d’énergie sera dirigé vers l’électrolyseur pour fabriquer l’hydrogène qui sera stocké plusieurs mois avant d’être restitué via une pile à combustible.    

Dans un premier temps, nous allons conserver les productions thermiques puisqu’on se doit de sécuriser le réseau et d’éviter les pannes. Nos hypothèses sont assez simples, nous sommes partis sur une efficacité des électrolyseurs de 60% et à 50% de rendements pour la pile à combustible.

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