Une cafetière solaire de quartier

Publié par Le Dôme, le 23 septembre 2026   1

Avec le centre d’hébergement d’urgence 2 Choses Lune, nous avons essayé une autre manière d’entrer dans la low-tech : partir du lieu, des usages et des endroits où l’on a besoin d’énergie au quotidien, puis regarder ce qu’il serait intéressant de fabriquer ensemble. Une démarche qui nous a mené·es du Fab Lab du Dôme à une cafetière solaire. Avec, au passage, quelques enseignements sur la différence entre un tutoriel et un prototype qui doit fonctionner dans la vraie vie.

Commencer par regarder ce qu’on peut faire

Crédits photos : Thimoté Lebrun

Notre première rencontre avec les résident·es de 2 Choses Lune s’est déroulée au Fab Lab du Dôme. Contrairement à La Kabane, il n’y avait pas ici d’objet ou de projet déjà identifié. Nous avons donc commencé par faire découvrir le lieu, ses machines et les possibilités qu’elles pouvaient ouvrir.

La découpe laser a suscité beaucoup de réactions, tout comme les machines permettant de broyer et de retravailler du plastique. Pour plusieurs participant·es ayant déjà travaillé dans le bâtiment, sur des chantiers ou dans le recyclage, ces outils faisaient écho à des savoir-faire et à des expériences professionnelles déjà présentes.

Cette visite nous intéressait justement pour cela : il ne s’agissait pas seulement de présenter des machines, mais de voir ce qu’elles pouvaient évoquer. Une matière, un outil ou une technique peuvent rapidement faire surgir des idées d’usage, des souvenirs, des compétences ou des détournements possibles.

Et chez vous, où a-t-on besoin d’énergie ?

Après le Fab Lab, nous sommes allés visiter le village de 2 Choses Lune. L’objectif était cette fois de regarder très concrètement les espaces et les usages : où les personnes passent-elles du temps ? Quels lieux pourraient être améliorés ? Où a-t-on besoin de chaleur, de fraîcheur, d’électricité, de lumière ou simplement d’un équipement supplémentaire ?

Il fallait aussi composer avec des contraintes beaucoup plus terre-à-terre : la place disponible, le stockage, l’entretien, la sécurité, les personnes susceptibles d’utiliser l’objet ou encore son exposition à la météo.

À partir de cette visite, nous avons préparé un catalogue de projets possibles. On y trouvait par exemple un dispositif pour rafraîchir une pergola, un système permettant de transformer un smartphone en ordinateur, une tour à champignons à installer dans une douche ou encore une cafetière alimentée par un panneau solaire.

Ces propositions n’avaient volontairement pas grand-chose à voir les unes avec les autres. Elles permettaient surtout d’explorer différentes manières d’utiliser l’énergie et la low-tech dans le quotidien du lieu.

Accéder au répertoire d'idées low-tech

L’heure du café… littéralement 

Crédits photos : Thimoté Lebrun

Après une nouvelle rencontre, les participant·es ont voté. La cafetière solaire est arrivée en tête. Nous nous sommes appuyé·es sur un plan publié par Low-tech Magazine, qui propose de construire un élément chauffant électrique à partir de matériaux simples. Le principe était d’alimenter cet élément grâce à un panneau solaire, puis de l’utiliser pour chauffer la cafetière.

Le prototype a fonctionné… avec une certaine patience. Le béton utilisé pour l’élément chauffant emmagasinait beaucoup de chaleur avant de la transmettre à la cafetière. Résultat : il fallait environ une heure pour obtenir une température suffisante.

Ce n’était donc pas encore exactement la machine idéale pour proposer un café à quelqu’un qui passe dans cinq minutes. Elle permet en tout cas de comprendre ce que le tutoriel ne disait pas forcément : l’importance du choix des matériaux, l’inertie thermique, les pertes de chaleur, les écarts entre un principe technique et son usage réel.

Un prototype sert aussi à cela. Il matérialise des problèmes que l’on ne voit pas toujours sur le papier et donne quelque chose de concret à modifier, tester et améliorer. 

Tutoriel de la cafetière solaire

La simplicité n’est pas toujours simple

Cette cafetière nous a aussi rappelé un paradoxe assez fréquent lorsqu’on travaille avec des low-tech : un dispositif peut être simple à comprendre sans être simple à mettre au point.

Réduire le nombre de composants, utiliser des matériaux accessibles ou rendre un objet réparable ne supprime pas les contraintes physiques. Il faut toujours trouver les bonnes dimensions, les bons matériaux, les bons réglages et vérifier que l’objet correspond réellement à l’usage prévu.

Dans le cas de la cafetière, l’enjeu pour la suite était donc assez clair : réduire le temps de chauffe tout en conservant un dispositif compréhensible et facilement modifiable.

L’expérimentation n’a pas livré une cafetière solaire prête à être reproduite partout. Elle a produit quelque chose de plus utile à ce stade du projet : un prototype à améliorer, et une série de questions beaucoup plus précises qu’au départ.


Envie de découvrir toutes les expérimentations menées au Dôme dans le cadre du programme POPSU Transitions ? Découvrez notre dossier thématique en cliquant sur ce bouton : 

Découvrir le dossier complet du programme "POPSU Transitions"

POPSU Transitions est un programme de recherche-action porté par la Ville de Caen et le CERREV de l’Université de Caen Normandie. Il réunit plusieurs partenaires issus de la recherche, de la société civile, de l’énergie, de la formation et de l’action sociale : Le Dôme, l’association Vent d’Ouest, l’IRTS et le CPIE Vallée de l’Orne.