Portrait Fatima Ali

Publié par Adjah Diaby, le 24 juin 2026

“Je suis devenue plus consciente des défis mondiaux comme la pollution et la durabilité, et j’ai ressenti un besoin fort de faire partie de la solution”

Par Adjah Diaby

 

 Le plastique ne disparaît pas. Il s’accumule, persiste, s’infiltre dans les sols, les mers mais surtout… dans les corps vivants. Selon l’Institut Supérieur de l’Environnement, ce sont 460 millions de tonnes de plastique qui ont été produites en 2021, contre 2,3 millions en 1950. 73 % des déchets présents sur les plages sont en plastique. Non biodégradable, il peut persister plus de 400 ans. Léger, le plastique se disperse facilement, contaminant les milieux naturels et menaçant la biodiversité. Le constat est sans appel.Comme le soulignent notamment les travaux de l’université Vrije d’Amsterdam et les rapports du PNUE, le plastique est désormais présent dans la chaîne alimentaire, le sang humain et certains organes. Au-delà d’une catastrophe écologique, il est devenu le symbole silencieux d’un monde qui produit et consomme au-delà de ses besoins.

 

Image générée par l’intelligence artificielle

Le travail de Fatima est une lutte contre l’irréversibilité. Elle ne se contente pas de la théorie, elle cherche à rendre ces processus viables pour des applications industrielles concrètes. “Il est important pour moi que cette recherche ne reste pas limitée au laboratoire”, affirme-t-elle. À travers ses recherches sur les matériaux dédiés au recyclage du plastique, elle espère apporter une valeur ajoutée aux travaux en cours et participer à l’émergence de solutions plus durables. S'il est vrai que Fatima débute sa carrière de chercheuse, elle perçoit néanmoins déjà son rôle comme une contribution à une dynamique plus vaste. “Je pense que mon travail contribue, à mon échelle, à faire progresser la recherche en France.” 

À travers la rigueur de sa thèse, Fatima Ali ne cherche pas seulement à obtenir un titre de docteure. Elle transforme sa maîtrise de chimie et des matériaux en outil de réponse aux crises qu’elle a appris à observer depuis l’enfance, rappelant ainsi que la science peut constituer l’un des leviers majeurs pour répondre à l’une des plus grandes urgences environnementales de notre époque. 

Face à l’omniprésence du plastique, devenu à la fois indispensable et envahissant, certains chercheurs tentent de repenser notre manière de produire et de recycler. C’est dans ce contexte que s’inscrit le travail de Fatima Ali, doctorante en sciences des matériaux à l’université de Caen Normandie. “Le problème du plastique est devenu très visible et répandu. Où que l’on soit dans le monde, les déchets plastiques font partie du quotidien”, explique-t-elle. C’est en cela que prend sens le travail de recherche de Fatima, guidé par l’ambition de contribuer, par la science, à répondre à l’une des plus grandes urgences environnementales de notre époque.

“Grandir entre deux identités a façonné ma manière de voir le monde” 

 

Ayant grandi à Daraya au Liban, loin de son pays d’origine, la Syrie, Fatima construit très tôt un regard attentif sur les différences d’environnement, de ressources et d’opportunités. Être l’enfant de cet entre-deux devient une force qu’elle revendique pleinement. “Grandir entre ces deux identités a façonné ma manière de voir le monde”, affirme-t-elle. Très tôt, elle observe ces contrastes. “J’ai toujours été consciente de ces différences… ce qui m’a rendue plus observatrice et curieuse dès mon plus jeune âge.” 

Cette position d’observatrice affine progressivement sa conscience des déséquilibres du monde. Avec le temps, elle se sent de plus en plus concernée par les enjeux globaux. “Je suis devenue plus consciente des défis mondiaux comme la pollution et la durabilité, et j’ai ressenti un besoin fort de faire partie de la solution.” 

Cette curiosité précoce devient alors le moteur de son engagement : Fatima ne veut pas seulement observer le chaos environnemental, elle veut y répondre à travers ce qu’elle connaît le mieux… la chimie.

 

La science comme réponse à l’irréversible  

 

Fatima forge ses bases scientifiques à l’Université Libanaise, où elle obtient d’abord une Licence en chimie, avant de poursuivre un Master en sciences des matériaux et chimie physique. “J’ai d’abord étudié la chimie en licence… puis je me suis spécialisée en science des matériaux et en chimie physique en master.” 

C’est durant ces années de Master qu’elle découvre le rôle concret que peuvent jouer les matériaux dans la réponse aux enjeux environnementaux. “J’ai réalisé à quel point ce domaine est important pour répondre aux enjeux environnementaux, notamment dans le recyclage et les technologies durables.” 

Elle y rencontre également une équipe de recherche qui lui propose son sujet de thèse. “L’orientation initiale a été proposée au sein d’une équipe travaillant sur la catalyse et la science des matériaux.” Encadrée par ces chercheurs expérimentés, elle découvre alors les zéolithes, dont la structure unique et le potentiel dans les processus catalytiques. “Les zéolithes… ont retenu mon attention en raison de leur structure unique et de leur potentiel dans les processus catalytiques.” L’idée de les appliquer au recyclage des plastiques s’impose alors. “Cela m’a semblé être une manière pertinente d’allier mon parcours en chimie à un impact concret.” 

Elle décide ensuite de poursuivre ce projet en doctorat en France et entreprend elle-même les démarches. “J’ai pris l’initiative de rechercher des opportunités de thèse correspondant à mes intérêts.” Cette démarche proactive la conduit en octobre 2025 à l’université de Caen Normandie, où elle intègre le Laboratoire Catalyse et Spectrochimie (LCS). “L’expertise de l’équipe correspondait parfaitement à mes centres d’intérêt.” Désormais employée par l’université de Caen en qualité de doctorante chercheuse, Fatima consacre aujourd’hui pleinement son travail à la recherche. Son quotidien est rythmé par les expériences, l’analyse de résultats, la lecture de littérature scientifique, ainsi que la collaboration avec d’autres chercheurs au sein de son équipe. “Faire partie d’une équipe de recherche signifie contribuer à un effort collectif plus large”, souligne-t-elle.

   

 

Travailler la matière qui ne meurt pas  

 

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Décomposer le plastique sans simplement l’éliminer : tel est le défi scientifique au cœur du travail de Fatima.  

 Dans leur forme finale, les plastiques ne constituent pas un matériau unique, mais le résultat d’un mélange de différentes résines et additifs. Surtout, ils sont composés de polymères, c’est-à-dire de très longues chaînes moléculaires, aussi appelées macromolécules, particulièrement stables et conçues pour durer. C’est précisément cette taille et cette stabilité exceptionnelles qui rendent leur décomposition si difficile.  

 Pour répondre à ce défi, Fatima travaille sur les zéolithes. “Les zéolithes sont des matériaux particuliers qui possèdent une structure interne très organisée, remplie de minuscules trous appelés ‘pores’.” Dans les zéolithes classiques, ces pores sont souvent adaptés à des molécules de petite taille. Or, les polymères plastiques sont des macromolécules bien plus volumineuses, dont les dimensions dépassent souvent celles de ces pores standards. C’est précisément cette différence d’échelle qui constitue l’un des obstacles majeurs au recyclage chimique du plastique.  

Fatima concentre ainsi ses recherches sur des zéolithes à pores extra-larges, capables de faciliter l’accès de ces longues chaînes moléculaires aux zones de réaction situées à l’intérieur du matériau. C’est ici que la catalyse joue un rôle central : certaines zones actives présentes dans la zéolithe facilitent et accélèrent la transformation chimique des polymères afin de les fragiliser. Une fois fragilisés, les polymères peuvent être fragmentés en molécules plus petites.  

 La zéolithe ne se limite donc pas à agir comme un simple filtre. Il ne s’agit plus seulement de piéger le déchet, mais de contribuer à déconstruire une matière réputée extrêmement résistante pour la transformer en ressource. Toutefois, le travail de Fatima reste exigeant : elle doit trouver un équilibre délicat entre élargissement des pores, stabilité du matériau et efficacité catalytique. En effet, plus les pores sont larges, plus la zéolithe peut devenir difficile à stabiliser. La recherche de Fatima avance ainsi sur une ligne de crête, entre innovation, complexité et incertitude.  

 

“Je pense que mon travail contribue, à mon échelle, à faire progresser la recherche en France”  

Le travail de Fatima est une lutte contre l’irréversibilité. Elle ne se contente pas de la théorie, elle cherche à rendre ces processus viables pour des applications industrielles concrètes. “Il est important pour moi que cette recherche ne reste pas limitée au laboratoire”, affirme-t-elle. À travers ses recherches sur les matériaux dédiés au recyclage du plastique, elle espère apporter une valeur ajoutée aux travaux en cours et participer à l’émergence de solutions plus durables. S'il est vrai que Fatima débute sa carrière de chercheuse, elle perçoit néanmoins déjà son rôle comme une contribution à une dynamique plus vaste. “Je pense que mon travail contribue, à mon échelle, à faire progresser la recherche en France.”  

À travers la rigueur de sa thèse, Fatima Ali ne cherche pas seulement à obtenir un titre de docteure. Elle transforme sa maîtrise de chimie et des matériaux en outil de réponse aux crises qu’elle a appris à observer depuis l’enfance, rappelant ainsi que la science peut constituer l’un des leviers majeurs pour répondre à l’une des plus grandes urgences environnementales de notre époque.  

  

Pour aller plus loin https://institut-superieur-environnement.com/blog/impact-du-plastique-sur-lenvironnement-un-fleau-planetaire/ 

 

Crédits : CC Tous droits réservés (Adjah Diaby. 10/05/2026)  

 

Mots-clés : plastique, recyclage, thèse, chimie, recherche.