Fos EPSEAL : Quand les citoyen·ne·s font avancer la science

Publié par Le Dôme, le 5 juin 2026

Lauréat du Prix national de la recherche participative 2026, le projet Fos EPSEAL prouve de manière éclatante qu'associer les citoyen·ne·s à la recherche scientifique permet de briser les barrières entre science et société tout en protégeant concrètement la santé publique.

Imaginez la plus grande zone industrielle de France. Face aux cheminées d'usines, les habitants de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône partagent une certitude : la pollution les rend malades. Pourtant, face aux discours officiels et aux études contradictoires, leur parole manque de poids scientifique. “Tant qu’il n’y a pas eu Fos EPSEAL, on ne savait pas. Ça a dénombré les malades, ça les a quantifiés”, témoigne avec force Daniel Moutet, président d'une association locale de protection du littoral.

Le projet Fos EPSEAL a associé chercheur·se·s et citoyen·ne·s pour mettre en lumière des prévalences élevées de cancers, de diabètes ou d'asthme à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône (Crédits : Fos EPSEAL, DR).

Née de cet écart en 2015, cette étude s'est construite sur une idée révolutionnaire : faire des citoyen·ne·s de véritables co-chercheur·se·s. Porté par la socio-anthropologue Johanna Lees et des épidémiologistes, le projet a mené une immense enquête au porte-à-porte, recueillant plus de 1 200 questionnaires de santé déclarée.

L’ÉCOLOGIE DES SAVOIRS : LA SCIENCE À HAUTEUR HUMAINE

Ici, pas de hiérarchie. Les chercheur·se·s académiques ont combiné la rigueur des statistiques avec les “savoirs expérientiels” des riverain·e·s et travailleur·se·s, fins observateurs et observatrices de leur environnement. En analysant les chiffres ensemble lors de 65 ateliers, ils ont mis en lumière des prévalences élevées de cancers, de diabètes ou d'asthme.

Le projet Fos EPSEAL est porté par la socio-anthropologue Johanna Lees et des épidémiologistes (Crédits : Le Dôme / J. Hélie, DR).

“Cette démarche participative m’a appris l’humilité de la chercheuse et l’appétence pour les savoirs des autres”, confie Johanna Lees. Preuve que la science s'enrichit en écoutant la société, l’étude a poussé les pouvoirs publics à agir. Ses impacts sont historiques : création d'un registre des cancers, reconnaissance nationale des liens santé-industrie et mise en examen d'un géant industriel en 2025. Une victoire totale pour la justice environnementale.

Le programme de recherche participative Fos EPSEAL est porté par 
l’association “Au fil du Rhône”, le Centre Norbert Elias — CNRS, 
et le Laboratoire de sciences sociales appliquées (LaSSA).

Crédits : Le Dôme / J. Hélie (DR).


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