Des générations plastiques : co-analyse des résultats avec les publics

Publié par Arnaud Rioual, le 24 juin 2026   2

Dernière étape de ce premier épisode Des générations plastiques : la participation des publics à l'analyse des données.

Il y a trois ans, lorsque nous avons lancé ce programme, nous avions posé l’ambition d’associer les publics au plus grand nombre d’étapes du processus de recherche participative : de la co-problématisation à l’analyse des résultats, voire à la co-écriture d’un article de restitution et d’évaluation.

La thématique de recherche ayant été apportée par le laboratoire (matières plastiques, pollutions plastiques, bioplastiques et biomatériaux), ce programme ne pouvait entrer dans la catégorie “Recherche Action Participative” définie par François Millet et Alexandra Villaroel (2024) comme le “schéma type” de programmes incluant une participation “essentielle” des publics à toutes les étapes de la démarche scientifique.

Aujourd’hui, avec les 4 derniers ateliers de ce premier épisode Des générations plastiques, nous avons atteint notre objectif, a minima dans l’intention. Nous vous en disons plus dans cet article.

Positionnement du programme Des générations plastiques au sein de la typologie des Sciences et Recherches participatives proposée par Millet et Villaroel (2024). Crédits : Rioual A.  et Amand J., Le Dôme.

I - pourquoi souhaiter, sur ce programme, une contribution des publics à l’analyse des résultats ?

Le principal enjeu de cette série d’ateliers était d’impliquer les publics dans l’analyse des résultats. Il était difficile de les mobiliser autour des résultats de biodégradation et, surtout, nous n'y voyions que peu d'intérêt. Nous avons donc choisi de demander aux scientifiques du programme de présenter le travail effectué sur les kits (premier axe du protocole de science participative) puis nous avons recentré l’atelier sur les comportements de consommation (second axe du protocole), à partir des réponses aux trois questionnaires co-construits avec les publics durant la première phase du programme

Les objectifs étaient multiples :

  • recueillir les réactions des participant·e·s face aux premiers résultats, comprendre leurs ressentis et identifier leurs interrogations.
  • Établir des liens entre les différents graphiques.
  • Prendre activement part à un programme de recherche.
  • Formuler des hypothèses d’interprétation.
  • Proposer des recommandations et suggérer des pistes qui permettront d’orienter des recherches futures, de faire émerger des perspectives que les équipes de recherche et de médiation n’auraient pas nécessairement identifiées.

Plus largement, il s’agit de renforcer leur compréhension des enjeux liés aux pollutions plastiques, leur capacité d’agir sur une thématique sociétale majeure et de favoriser le dialogue entre le monde de la recherche et la "société civile".

II - Comment amener les publics à se saisir des résultats de l’enquête et pour quelles productions ?

Travail sur les données par un des groupes du dernier des 34 ateliers Des générations plastiques - épisode 1 ! Présence de France 3 pour capter ce moment émouvant : vivement l'épisode 2 ! Crédits : photo (Le Dôme)  modifiée par IA (Figma - Nano Banana).

La construction du déroulé pour amener les publics à s’emparer des données issues des questionnaires et à en tirer des conclusions a été un défi pour l'équipe de médiation.

Comment rendre attractif un atelier dans lequel on abreuve le public de données brutes à peine retraitées et on attend de lui qu’il les analyse ? Sachant que parmi celles et ceux qui le composent, beaucoup n’affectionnent pas particulièrement les chiffres et les graphiques !

Nous avons pas mal hésité à nous lancer, nous avons presque renoncé en faisant un pas de côté pour le premier des quatre ateliers (voir restitution sur Cogito) et puis nous avons finalement décidé d’y aller sur les trois derniers et nous avons bien fait car les productions des participants et participantes ont été étonnantes et pertinentes : merci à tou·tes d'avoir joué le jeu et puisé dans vos ressources pour relever ce défi. Vos productions sont désormais entre les mains de Louis Lebredonchel, sociologue au CERREV (Université de Caen Normandie) et seront intégrées au rapport de recherche qui sera publié en octobre prochain.

Pour y parvenir, nous avons profité du TURFU Festival pour planifier des ateliers un peu plus long (3h) et mêler temps descendants et temps participatifs, approche artistique et approche scientifique et temps de co-production.

II-1. Une performance Art-science pour introduire l’atelier

Hélène Gugenheim, artiste plasticienne en résidence à l’ABTE sur le projet Des générations plastiques, a posé le contexte et les objectifs du programme de façon poétique et imagée, puis, à la suite de sa performance, a appelé les participant·es à imaginer comment il a été possible de réaliser une transition plastique aboutie entre 2026 et 2042.

2042 - performance d'Hélène Gugenheim, artiste plasticienne en résidence d'artiste à l'ABTE, sur le thème de la transition plastique. Turfu Festival 2026. Crédits : photo (Le Dôme)  modifiée par IA (Figma - Nano Banana).

Les réactions furent nombreuses et variées. Nous les avons regroupées ici en cinq catégories : 

  • Des solutions réglementaires et politiques
    • “On a créé une énorme campagne de sensibilisation qui a changé les usages” / “on a surtaxé le plastique par rapport aux autres matériaux plus durables (et encore plus taxé les industriels)” 
    •  “une réglementation pour stopper la production de plastiques a été votée” 
    •  “le retour de la consigne pour tous les liquides a été adoptée”
    •  “le secteur public a pris en charge le financement des mesures nécessaires à la transition plastique”
    •  “un label type “plastiscore” a été adopté. Ce plastiscore a été très suivi par les consommateurs et consommatrices”
  • Une prise de conscience (sensibilisation / communication / santé publique…) 
    • “On a eu peur (suite à la multiplication des effets des microplastiques sur la santé et l’environnement) et cela a déclenché une prise de décisions de grandes ampleurs”
    • “adhésion de la population à une vraie transition plastique”
    •  “on a réfléchi : à qui profite la croissance de la production de plastiques ? A qui profiterait la décroissance de la production de plastiques ?”
  • Des solutions techniques
    • “On a créé des plastiques magiques”
    •  “On a découvert un être vivant qui mange les plastiques et les digère”
    •  “on a domestiqué des bactéries mangeuses de plastiques”
    •  “les nouveaux emballages plastiques se dégradent naturellement”
    • “on a réussi à collecter tous les plastiques et on les a envoyés ailleurs (dans l’espace ?)”
  • Des facteurs économiques
    • “le coût du pétrole a tellement augmenté que les plastiques sont devenus trop chers”
  • Des conséquences à ces changements
    • “on a arrêté de produire des plastiques”
    • “on est sorti de la société de consommation”
    • “on a abandonné tous les emballages plastiques”

Ébullition, les participant·es sont dans l’ambiance, le plastique n’a qu’à bien se tenir !

II.2 - Présentation des premiers résultats de l’étude

On fait redescendre la température, on revient en 2026 avec des éléments plus terre à terre mais tout aussi intéressants. 

a) les résultats de l'expérience de dégradation des bioplastiques

Simon Begrem et Jean-Baptiste Jouenne, deux chercheurs de l'ABTE, présentent les résultats de l'étude de la biodégradation des bioplastiques enfouis par les participant·es au protocole. Crédits : photo (Le Dôme) modifiée par IA (Figma - Nano Banana).

Simon (microbiologiste) et Jean-Baptiste (physicien des matériaux) invitent les participant·es à observer certaines bandelettes de plastique à l'œil nu puis nous montrent ce que l’observation au microscope électronique révèle : certains bioplastiques enfouis dans les jardins des participant·es et qui ne semblaient pas avoir été dégradés ont en fait subi des modifications importantes de l’aspect de leur surface et une réduction significative de leur épaisseur.

Ils précisent également que les échantillons examinés montrent une réduction significative de la surface des bioplastiques bactériens de type PHA et que cette réduction est particulièrement importante pour ceux qui contenaient des fibres de lin en grande quantité. Par contre, les échantillons de bioplastiques de type PLA n’ont pas subi de dégradation significative.

Pour plus d’information sur ces résultats de labo , voir les articles consacrés aux premiers retours des laboratoires et à la restitution du premier atelier “Alors ça se dégrade !?” 

b) Un premier contact avec les données issues des questionnaires

Louis (sociologue), Julie (médiatrice) et Arnaud (médiateur) présentent alors plusieurs données issues des réponses aux trois questionnaires intégrés au protocole de science participative. Elle et ils demandent aux participant·es de répondre à ces questions avant de leur dévoiler les réponses données en ligne par les personnes contributrices.

“Comment jugez-vous l’adéquation entre vos convictions et votre consommation de plastique ?”. Tableau et diagramme extraits de la base de données du protocole Des générations plastiques. Crédits : J. Amand, Le Dôme, A. Rioual, Le Dôme et L. Lebredonchel, CERREV.

“Faites votre profil plastique…”. Tableau et diagramme extraits de la base de données du protocole Des générations plastiques. Crédits : J. Amand, Le Dôme, A. Rioual, Le Dôme et L. Lebredonchel, CERREV.

“Avez-vous l’impression, durant ces 4 mois, d’avoir diminué votre consommation plastique ?”. Tableau et diagramme extraits de la base de données du protocole Des générations plastiques. Crédits : J. Amand, Le Dôme, A. Rioual, Le Dôme et L. Lebredonchel, CERREV.

Les réponses des personnes présentes sur ces ateliers ont été relativement similaires à celles collectées auprès des participant·es au protocole. Une discussion de ces résultats a suivi l’exposé de chaque graphique, avec des réactions du type : “C’est fou, il y a moins de 10% des gens qui pensent agir conformément à ce qu’ils souhaiteraient faire !”; “ça ne m’étonne pas que plus de 70 % des gens se voient plutôt Tortue ou Modeste quand il s'agit de diminuer leur consommation de plastiques”; “ah, il y a quand même près de 75% des gens qui ont réussi à réduire leur consommation plastique, même si la plupart ne l’ont fait qu’un petit peu”.

Par exemple, en réaction à la question “Comment jugez-vous l’adéquation entre vos convictions et votre consommation de plastique ?” posée dans le questionnaire 2 du protocole, la grande majorité des personnes présentes à l’atelier ont manifesté une forte inadéquation entre leurs convictions (ils et elles aimeraient consommer moins de plastiques) et leur consommation effective de plastique au quotidien. Une seule participante a déclaré être en parfait accord car elle a réussi à réduire très fortement ses achats plastiques dans la plupart des compartiments de consommation. Les autres participant·es se sont positionné·es dans la partie centrale : “on pourrait faire mieux mais on a quand même réussi à réduire nos achats plastiques”. Ces retours sont assez similaires aux réponses données par les 355 personnes qui ont répondu au premier questionnaire du protocole.

Progressivement, les participant·es commencent à s’emparer de la donnée…

II-3 - Une Tier List des infos collectées pour embrasser l’ensemble des données et commencer à les comparer.

Pour faciliter la phase de co-analyse des résultats, et poursuivre les discussions sur les données, le public a classé dans une Tier List tous les graphiques issus des réponses aux questionnaires du projet Des Générations Plastiques. Les graphiques ont été répartis dans 5 catégories (S = très intéressant, A= intéressant, B=bof, C =à oublier, D=déjà oublié). 

Réflexion d’un groupe de participant·es pour classer, par intérêt, les données collectées. Turfu Festival 2026. Crédits : photo (Le Dôme) modifiée par IA (Figma - Nano Banana).

Cette partie de l’atelier a permis aux personnes présentes d’échanger sur la pertinence des données, de commencer à faire des liens entre les différentes réponses et de réfléchir à l’interprétation des résultats (que peut-on en tirer ?).

III - Co-analyse des résultats 

Enfin, à partir de tous ces éléments et après ces étapes de préparation, les publics sont invités à mettre en relation au moins quatre graphiques en partant d’un des graphiques qui figurent dans la catégorie D de la table d’à côté. Ils sont ensuite missionnés pour analyser cette mise en relation et en tirer une conclusion ou une piste de recherche. Nous vous présentons ici 3 des 12 productions des publics réalisées lors des ateliers "Alors ça se dégrade !?"

Développer des alternatives ancrées dans le quotidien

Analyse des données par les publics, production 1. Turfu Festival 2026. Crédits : Le Dôme.

Ce groupe s’est intéressé aux freins à la transition plastique. Les personnes participantes ont commencé par indiquer que pour introduire un changement, il faut d’abord identifier les objets plastiques difficiles à remplacer. Puis, elles ont identifié que les freins sont majoritairement liés aux manques d’alternatives. Néanmoins, elles ont mis en évidence grâce à un autre graphique que la majorité des personnes qui ont répondu aux questionnaires indiquent qu’elles ont connaissance des alternatives. 

Les personnes participantes s’interrogent donc : est-ce que les alternatives identifiées ne fonctionnent pas ? Sont-elles insuffisantes ou irréalisables ? 

Le groupe préconise donc de réfléchir à de nouvelles alternatives, plus efficaces et de les diffuser voire de les imposer au public. 

De l’offre à la demande

Analyse des données par les publics, production 2. Turfu Festival 2026. Crédits : Le Dôme.

Ce groupe est parti de graphiques sur les connaissances des typologies de plastiques puis a croisé ces informations avec les types de plastiques qu’on retrouve majoritairement dans nos sacs jaunes ainsi qu’avec les principaux canaux de distribution alimentaire. Ils et elles concluent qu’il est d’une part nécessaire de mieux signaler la présence de plastique et le type de plastique sur chaque produit et d’autre part d’agir sur les plus grands distributeurs alimentaires pour qu’ils proposent moins d’emballages plastiques ou de produits en plastiques (il est très difficile de revenir du supermarché sans une grande quantité de déchets plastiques !). Il semble donc indispensable d’agir sur l’offre pour ne pas laisser à la demande la seule responsabilité de la transition plastique.

L’alimentation le premier levier de transition plastique ? 

Bien que chaque groupe ait travaillé à partir de graphiques différents et très variés, imposés au préalable et sans échange entre eux pendant le dernier atelier, l’ensemble des participant·es relève des constats concordants. D’une part, le principal frein au changement identifié est le manque d’alternatives. D’autre part, l’alimentation est perçue comme le premier levier de transition, avec des emballages et objets simples à remplacer.  

Par contre, l'interprétation des données concernant le rôle de l'entourage (famille, ami·es, collègues...) des participant·es dans leur engagement et réciproquement, l'influence du ou de la participante sur son entourage, donne des pistes beaucoup plus variées. Certains recoupements conduisent à penser que plus l'entourage se sent concerné par la transition plastique, plus le ou la participant·e est motivé·e pour s'y engager, mais d'autres tendent à invalider cette hypothèse.

Analyse des données par les publics, production 3. Alors ça se dégrade !? #4. Crédits : Le Dôme.

Conclusion

Le premier épisode de ce programme Des générations plastique se termine ainsi, avec cette série d'ateliers où les participant·es se sont emparé·es des données issues du programme et ont proposé des interprétations et pistes d'analyse originales.

Place désormais à l'analyse de toute la matière issue de ces trois premières années de recherche participative sur la transition plastique et à la publication de documents de synthèse : un rapport de recherche et une synthèse graphique.

Toute cette matière sera réintroduite dans le seconde épisode qui s'ouvre aujourd'hui.

Les prochains évènements du programme :

Participation à des colloques scientifiques : continuer à suivre les recherches en cours et apporter le travail effectué avec les publics au cœur des labos.

-Participation au colloque Transition Écologique et Solidaire, 15-17 juin 2026, Université de Caen.

- Participation aux journées annuelles du Groupe de Recherche CNRS "Plastiques, Environnement santé", 23-25 juin 2026, Université du Littoral Côte d'Opale, Boulogne-sur-Mer.

Clôture de l'épisode 1 : le 8 octobre 2026

Une conférence inversée pour restituer les résultats.

Lancement de l'épisode 2 : le 9 octobre 2026

- Un jeu vidéo au cœur de la recherche participative sur la transition plastique (présentation le 09 octobre, au Dôme, lors de la matinée de lancement du programme face publics durant la Fête de la Science).

- Un focus sur la cellulose et les matériaux cellulosiques en tant que substituts pleins de promesses aux matières plastiques traditionnelles

- L'examen des plastiques de la filière automobile (à partir de janvier 2027)

L'aventure continue ! Nous espérons que vous serez nombreuses et nombreux à nous accompagner dans ce second épisode Des générations plastiques et que nous allons, ensemble, trouver les moyens de réduire l'impact écologique et sanitaire qui se profile si rien ne change.

Arnaud Rioual et Julie Amand - Le Dôme

 

Hélène Gugenheim, crayon et feutre