Alors, ça se dégrade !? - restitution de l'atelier du 4 février
Publié par Arnaud Rioual, le 20 mars 2026 3
Alors ça se dégrade !? Après un an de collecte de données auprès du grand public, cet atelier participatif a été l'occasion pour les participant·es d'échanger avec les équipes de recherche de l'ABTE (laboratoire Aliments, Bioprocédés, Toxicologie, Environnements - Université de Caen ) et du CERREV (Centre de recherche risques et vulnérabilités - Université de Caen) sur l'évolution des bioplastiques enfouis dans les jardins et sur l'évolution des pratiques de consommation plastique des personnes ayant répondu aux questionnaires Des générations plastiques (DGP). Puis dans un second temps de réfléchir toutes et tous ensemble pour voir ce qu'on pouvait tirer de tout ça : analyse, éléments marquants, scenarios pour l'avenir.
Les PHA1 se sont-ils biodégradés ? Notre rapport au plastique s'est-il dégradé ?
Premier atelier du quatrième et dernier cycle du programme de recherche participatives Des générations plastiques (DGP), la session du 4 février 2026 au Dôme a réuni une vingtaine de personnes de tout horizon, des jeunes et des moins jeunes, des personnes qui avaient déjà participé à d'autres évènements DGP et d'autres qui découvraient le programme.
Les objectifs de cet atelier étaient de manipuler et d'observer des échantillons retournés par les publics, de présenter les premiers résultats sortis des labos, de recueillir les réactions des publics à ces résultats préliminaires puis de leur demander de relever les éléments qui les ont le plus marqué·es afin de produire des "scénarios plastiques". Un programme ambitieux auquel les participant·es ont répondu avec brio ! Merci à elles et à eux pour leur énergie, leur créativité et leur enthousiasme !
Contextualisation
Hélène Gugenheim, une artiste plasticienne en résidence à l'ABTE sur le programme Des générations plastiques nous a fait le plaisir d'introduire l'atelier en nous livrant une analyse artistique et poétique des productions du programme provenant à la fois de ses échanges avec les scientifiques de l'ABTE, de sa participation à des évènements DGP, de son propre travail de recherche et de multiples autres rencontres.
Durant ce temps poétique et pourtant très concret, Hélène a invité les participants et participantes à imaginer le chemin parcouru entre 2026, où les plastiques avaient colonisé la planète, et 2042, là où elle nous a amené·es et où nous pouvons jouir d'un environnement dépollué. Les réponses sont diverses, certain·es retracent le développement des bioplastiques (des "vrais" bioplastiques, biosourcés et biodégradables !), d'autres expliquent comment on a renoncé à la plupart des emballages alimentaires, et d'autres encore se rappellent le changement de modèle politique qui a permis ces avancées déterminantes pour notre environnement.
Nous revenons ensuite rapidement sur quelques chiffres clés qui viennent illustrer les propos introduits par Hélène puis nous rappelons les principaux évènements du programme de recherche participative, nous rappelons, dans les grandes lignes, le protocole de science participative associé au programme et présentons les premiers chiffres de la participation des publics à ce protocole.
2 000 kits produits par l'ABTE et le Dôme, documentés, noticés, mis sous plis et distribués en Normandie et au delà des frontières régionales. 535 inscriptions individuelles, 455 inscriptions groupées et plus de 110 retours postaux de kits dégradés.

Observations à l’œil nu puis au petit microscope
Nous invitons ensuite les publics à observer des échantillons de bioplastiques PHA (PolyHydroxyAlcanoates, des bioplastiques synthétisés par des bactéries et étudiés par le laboratoire ABTE) et PLA (Acide PolyLactique, un bioplastique obtenu le plus souvent à partir d'amidon de maïs) que des participant·es au protocole nous ont envoyés par la poste.
A l’œil nu et au toucher, pensez-vous que ces échantillons aient été dégradés significativement durant leur période d'enfouissement ?
Pour certains kits, le processus de dégradation apparaît clairement à l’œil nu, pour d'autres, il est plus difficile à percevoir.

Après ce premier examen à l'oeil nu, les publics sont invités à y regarder de plus près, à l'aide d'un petit microscope connecté à un écran TV. Il est alors possible de déceler des différences entre les éléments neufs (non exposés) et les éléments exposés, y compris pour ceux qui semblaient ne pas avoir subit de dégradation.

Ce premier grossissement obtenu durant l'atelier permet de voir quelques signes de dégradation, en bordure notamment, mais surtout pour les PHA mêlés à de la poudre de lin ou des fibres de lin.
Voyons voir à présent ce que nous disent les scientifiques qui disposent de matériels plus sophistiqués.
Les retours des scientifiques de l'ABTE
Observation des tranches
Jean-Baptiste Jouenne, chercheur à l'ABTE, spécialiste des matériaux (et des matériaux polymères en particulier), commence par montrer, qu'avec un grossissement un peu plus fort (x200), l'observation des tranches des échantillons permet de mettre en évidence une perte de matière dans l'épaisseur. Certaines bandelettes regardées en vue de face ne montrent pas de dégradation significative tandis qu'en les observant en vue de dessus (la tranche), la perte d'épaisseur est indiscutable : le plastique a subi une perte de matière.

Observation des surfaces
Ensuite, Jean-Baptiste montre des clichés de surfaces grossies 1500 fois obtenus au microscope à balayage électronique (MEB).

Il explique que la biodégradation des PHA est très surfacique, les microorganismes colonisent la surface des échantillons et "grignotent" petit à petit le PHA. Plus le temps passe et plus l'épaisseur des échantillons diminue.
Analyse photographique des kits
Simon Begrem, microbiologiste à l'ABTE, présente ensuite les premiers résultats de l'analyse des photos déposées par les participants et participantes au programme de science participative. Ça passe par une boîte à moustaches, évidemment ! (pour en savoir plus sur le traitement des photos : https://www.echosciences-norma... ).

En abscisses, les six échantillons du kit sont représentés, pour chacun d'entre eux, 4 boîtes donnent les observations hautes et basses (premier quartile, médiane et troisième quartile) pour chaque état des échantillons (initial, exposé à la lumière, cloué en surface et enfoui).
Les pertes de surface observées sur les photos ne sont pas significatives (NS) pour les échantillons exposés à la lumière et pour ceux cloués à la surface du sol. Seules les photos des échantillons en PHA enfouis dans le sol ont montré une réduction significative (***) de leur surface : la boîte rouge (sans ses moustaches) est entièrement située en dessous de la boîte bleue. Le dernier jeu de données concerne l'élément en PLA du kit, aucune diminution significative de sa surface n'a pu être constatée, même après plusieurs mois passés dans le sol. Crédits : Simon Begrem (ABTE)
Nous retenons de cette présentation deux résultats intermédiaires importants :
- Les photos des échantillons en PHA montrent qu'ils se sont tous significativement dégradés lorsqu'ils ont été enfouis plusieurs mois dans le sol mais pas lorsqu'ils ont simplement été posés sur le sol ou exposés à la lumière.
- Les photos de l'échantillon en PLA montrent que, même dans le sol, il n'a pas subit de dégradation visuelle significative.
Certaines bactéries s'attaquent-elles aux PHA-lin ?
Pour finir cette présentation des premiers résultats de l'étude de biodégradation, Simon montre que des bactéries peuvent survivent et se dupliquer dans un milieu où les seuls apports nutritifs sont des composites PHA et lin. Il observe également d'autres bactéries qui, elles, ne se développent pas dans ce milieu, elles sont "non dégradatrices" de PHA.
Une première analyse des questionnaires
Louis Lebredonchel, chercheur au CERREV, nous livre ses commentaires suite à une première analyse des questionnaires renseignés par les participant·es au protocole. Ces commentaires restent très généraux car la véritable analyse commencera lors du TURFU Festival, jeudi 9 avril 2026, avec les publics ! Elle se poursuivra de mai à juillet avec des apports sociologiques fournis par Louis et un dernier atelier avec les publics.
Louis livre deux premiers constats sur la perception des principales sources de pollution plastique :
- les participant·es à cette enquête ont identifiés 3 types de plastiques qu'on retrouve dans la cuisine (emballages, bouteilles, pots de yaourts) comme principaux éléments des déchets plastiques domestiques.
- par contre, la présence de plastiques dans les textiles (source de pollution plastique la plus importante selon de nombreuses études), les plastiques qui entrent dans la composition des objets technologiques et ceux présents dans le mobilier semblent avoir été sous-estimés. Plusieurs pistes pour comprendre ce phénomène, pistes qui seront étudiées avec les publics lors du TURFU Festival 2026 :
- nous ne jetons pas tous les jours ce type d'objets (contrairement aux emballages et autres bouteilles plastiques),
- les émissions de microplastiques liées à l'utilisation et au lavage de ces objets est très peu visible, on n'en a pas conscience,
- la construction des questionnaires et l'articulation des questions (créés avec les publics) mettent un peu plus en avant les produits alimentaires.
Il relève également que, malgré une forte sensibilité des participant·es à la pollution plastique, deux types de freins puissants empêchent des changements significatifs concernant les modes de consommation :
- Des freins individuels, liés à des habitudes bien ancrées, à un manque de connaissances sur les plastiques, sur leur gestion et sur les pollutions qu'ils peuvent générer; liés aussi à des difficultés, plus générales, relatives au changement. La mise en place de stratégies d'actions individuelles constituerait à ce titre un levier pour amorcer la transition plastique bien qu'il ne soit pas possible de faire porter le poids de la transition sur les seules épaules des consommateurs et consommatrices.
- Des freins institutionnels, liés à un manque d'alternatives sur le marché et à un coût trop élevé de ces alternatives quand elles existent. Le changement nécessiterait, à ce niveau, la mise en place de plans d'actions d'envergures incluant des actions citoyennes collectives et des décisions politiques impactantes.
Coproduction de scénarios plastiques
Dernière étape de cet atelier, les publics reviennent sur tous les éléments présentés et sélectionnent les idées marquantes qui en ressortent, apportent des compléments tirés de leurs expériences personnelles, de leur quotidien, de leurs réflexions personnelles et choisissent finalement le thème sur lequel ils et elles souhaitent travailler, en groupe de 5 à 7 personnes, durant les 20 dernières minutes d'atelier.
Une mission : imaginer le scénario d'une vidéo de deux minutes qui permettrait de faire passer le message qu'ils et elles souhaitent transmettre ou pour mettre en scène un scénario de transition plastique.
Les participant·es se sont prêté·es à l'exercice avec beaucoup d'enthousiasme, trois productions en sont ressorties :
- table 1 : "Mon assiette de ce midi" - script d'une vidéo de deux minutes axé sur les potentiels microplastiques retrouvés dans chaque ingrédient.
- table 2 : "La vache, nous et les plastiques" (voir photo ci-dessus)
- table 3 : sans titre, sur le thème du changement de comportement de consommation (si tu ne consommais plus ceci ou cela... il n'y aurait plus de pollution de ce type ci ou de ce type là...)
Merci à tou·tes les participants et participantes, merci à Jean-Baptiste, Simon, Joël et Louis pour le partage de leur résultats intermédiaires de recherche.
Et merci à Hélène pour sa présentation, pour l'animation de la première phase de l'atelier et pour le croquis qu'elle nous a offert et que nous vous remettons ici pour méditer sur le sujet !
Prochain rendez-vous Des générations plastiques :
Jeudi 9 avril 2026 : Alors, ça se dégrade !? au TURFU Festival !
Lien pour s’inscrire à l'une de deux séances programmées (9h30-12h30 ou 14h00 - 17h00) :
https://turfu-festival.fr/atel...
