Création et modélisation : 3ZYX Impression 3D

Publié par Pôle ATEN, le 20 septembre 2018   76

Xl 3zyx

Nous sommes allés à la rencontre de Christophe Deganne, artisan Normand qui a installé son atelier d’impression 3D dans la Manche à Fervaches.  Caché dans le bocage, son lieu de travail est en fait son domicile. Une pièce est réservée aux machines et lui sert d’atelier de création, la salle d’à côté quant à elle possède un bureau sur lequel repose 2 grands écrans d’ordinateur servant à la modélisation 3D et au dessin.

Après avoir visité les lieux et discuté avec Christophe Deganne, nous nous installons et pouvons commencer notre interview.

La première question fut évidemment sur son parcours scolaire et professionnel : après des études techniques en conception de produits industriels, il devient dessinateur et concepteur dans ce domaine pour un bureau d’étude pendant 17 ans.

Mais trouvant le temps long et ne pouvant satisfaire son besoin de création, il décide de changer de voie et de se lancer à son compte. Le sentiment de ne pas avoir acquis de nouvelles compétences et de ne pas avoir découvert de nouveaux outils a en partie justifié cette décision. Mais pour virer de bord soudainement,  il faut quand même une petite idée de quoi faire après.

C’est en se rendant à un salon de Manche Numérique en 2015 qu’il découvre l’impression 3D et tout l’univers qu’il y a autour. C’est décidé il va se lancer ! Cela fait maintenant 3 ans que l’aventure a commencé : « c’était intéressant, en plein essor et en rapport avec ce que je faisais ».

Pourquoi la Normandie ?

« J’habitais Coutances, j'ai trouvé un travail à Saint-Lô, je me suis installé là. J'avais une maison donc j’étais bien en Normandie. Le milieu industriel ne me convenait plus, je voulais une chose concrète à échelle humaine et locale ».

Quelles sont vos activités principales ?

 2 activités principales occupent Christophe Deganne pour 90% de son temps :

  • L’impression pure : les clients envoient directement un fichier à faire imprimer en 3D
  • Modélisation 2D ou 3D en tant que prestataire, suite notamment à la rencontre d’un maître d’œuvre ayant des besoins particuliers.

Les 10% restants consistent à faire des prestations autour de l’impression 3D. « Je fais des animations sur la modélisation, initiation...  Les gens adorent faire ça. Je fais aussi des formations à l’IUT de Saint-Lô, ponctuellement, car ils ont déjà une machine dont ils n’étaient pas satisfaits. Ils en ont acheté une à un confrère local qui a l'avantage d'avoir un vrai SAV de proximité. Ils font aussi du dessin sur des logiciels donc cela leur permet de se former à l’impression pour concrétiser ce qu’ils ont dessiné ».  

Quels sont vos outils ?  

L’un des principaux outils est SolidWorks, un logiciel qui permet de travailler en 3D et de réaliser des modèles destinés à être imprimés sur les machines.

Christophe Deganne dispose également de 3 imprimantes à dépôt de fil, chacune de tailles différentes et qui répondent donc à des besoins différents. Sa plus imposante machine est une semi-pro atypique qui permet de réaliser de belles pièces destinées aux professionnels.

Nous le questionnons sur l’acquisition éventuelle d’un scanner 3D, outil permettant d’avoir une représentation fidèle d’un objet scanné au préalable. Il nous dit y avoir pensé au début puis avoir abandonné l’idée au vu du coût de l’appareil et des nombreux problèmes qu’il soulève : « Le problème est de détourer, en scanner il y a du parasitage, il y a beaucoup de travail. On a une forme figée, on ne peut que dupliquer. On peut un peu  « bricoler » avec des logiciels de texture pour bouger des formes mais ce n’est pas technique et donc pas propre. Cela a finalement assez peu d’intérêt pour moi. J’ai eu peu de demandes, donc je n’aurais pas amorti le matériel ».  

Concernant l’impression métal, il nous expose le procédé et ses contraintes :

« Le métal a je pense un énorme avenir, c’est une véritable performance, c’est plus souple, plus solide, plus pratique mais c’est horriblement cher […] Un confrère a investi dans une petite machine, cela a couté 250 000 euros. Il travaille surtout pour les prothésistes dentaires. Une dent c’est petit et ça va vite, le prix est abordable ».

Son confrère s’en sort en fait grâce à la quantité, ses machines n’arrêtent pas d’imprimer. Ce procédé d’impression métal est utilisé dans l’aéronautique pour la qualité des pièces et les nombreuses possibilités liées à la création de pièces creuses qu’on n’aurait pas avec un moulage traditionnel.  

Qui sont vos clients ?  

Sa clientèle est partagée pour moitié entre professionnels et particuliers. Cependant le chiffre d’affaire repose à 90% sur les professionnels. Pourquoi un tel écart ? Il existe un décalage entre le travail fourni par l’artisan et le prix espéré par le client non professionnel. Faire une pièce unique nécessite de nombreuses heures de travail, partagées entre l’analyse, la modélisation et la conception.

Comme nous dit Christophe Deganne « Pour des particuliers il faudrait en faire toute la journée pour vivre, c’est en décalage avec ce que l’on fait sur mesure dans l’artisanat. Pour les particuliers je fais en sorte de ne pas perdre d’argent, je ne fais quasiment pas de bénéfice ».  

Il nous éclaire alors sur sa manière de procéder : « Quand un client veut une pièce, par exemple un cache de prise de camping-car, on dessine en fonction de ce que l'on veut produire. Les pièces sont généralement faites pour le moulage, donc avec un maximum d'évidement pour réduire la matière et conserver une épaisseur constante.

En impression 3D, les contraintes sont différentes. Les allègements se font par des alvéoles à l'intérieur de la pièce.  Je peux aussi m’adapter quand une pièce a des points faibles, je peux renforcer certains endroits. Je fais un croquis et montre la pièce, on regarde si c’est fonctionnel».  

Il nous avoue alors que continuer avec les particuliers c’est aussi pour lui une vocation. Sa sensibilité écologique fait qu’il a en horreur l’obsolescence programmée et voir un produit jeté pour une petite pièce défaillante est contre ses principes.

Nous lui demandons ensuite quels sont ses moyens de communication :

Il rit et nous avoue que ce n’est pas son point fort, le démarchage, se vendre ce n’est pas son truc. Il adore créer et imprimer mais en ce qui concerne la prospection c’est une véritable contrainte : « C’est ma faiblesse, je n’aime pas ça, je ne sais pas et je n’aime pas me vendre. J’ai cependant fait mes démarches commerciales au début. Un jour j’ai arrêté de démarcher, j’ai fait un site internet, je me sers du bouche à oreille, cela me fournit le travail qu’il faut. Une connaissance m’a aidé pour mon site que j’alimente comme je veux. J’ai des clients grâce à ça. Souvent la recherche internet intéresse les gens, qui me contactent par la suite. Grâce au réseau aussi, on me renvoie des personnes qui ont besoin de prestations ».  

Nous lui demandons alors comment ce sont passées ses premières années, afin de bien comprendre son parcours en tant qu’artisan :  

« Niveau stress être à son compte ce n’est pas la même donne. La première année pas de salaire, quand on voit que les réserves se rapprochent du zéro, on se pose des questions, j’ai dû reprendre des petits boulots d’intérim ponctuels pour tenir.

Il s’est passé à peu près 2 ans pour que ça décolle, quand j’ai rencontré le maitre d’œuvre il m’a donné suffisamment de prestation pour que je me dégage un salaire. Sans ce client là j’aurai peut-être dû arrêter ce métier ».  

Vous voyez-vous artisan toute votre vie ?

« Je reste ouvert et prêt à rebondir, je ne sais pas si je vais faire ce métier toute ma vie ! Je dois m’adapter. Je veux cependant rester à mon compte ! Ce serait compliqué de redevenir salarié, une fois qu’on a gouté à la liberté on ne peut plus s’en passer. Malgré les côtés difficiles : trouver des clients, la comptabilité... On est obligé de tout faire mais on essaye de tout maitriser et c’est valorisant, on a une satisfaction qui est vraiment importante dans le métier ».

Enfin nous lui demandons si cette fameuse impression 3D est réservée à quelques personnes ou si justement elle a tendance à se démocratiser au fil des ans :

« Pour une petite imprimante, celui qui est bricoleur peut avoir des kits à 200 euros. La matière première est abordable même si elle reste plus chère que le plastique industriel mais le premier prix est à 15 euros le kilo ».

Pour nous donner un ordre de grandeur de la quantité que cela représente en terme d’objets imprimés, il nous montre son étagère en bois sur laquelle reposent plus d’une dizaine de figurines et structures de taille moyenne. Le poids total dépasse à peine 600 grammes et nous fait prendre conscience que l’on peut réaliser beaucoup de choses avec un kilos de matière.

« Cependant la qualité du matériau a un énorme impact, c’est un plastique qui a des propriétés chimiques particulières. On le met au point de fusion et dès que ça refroidit on le passe à l’état solide, cela prend quelques secondes ».

Le prix varie donc en fonction de la qualité du plastique car ce dernier n’aura pas la même tenue ni le même aspect final.

  C’est avec un grand plaisir que nous avons rencontré Christophe Deganne qui nous a donné de son temps pour répondre à nos questions et nous faire découvrir son univers.

N’hésitez pas à le rencontrer lors la Fête de la science dans le cadre de l’événement « Visitonsl’artisanat » qui aura lieu du 8 au 13 octobre 2018.

Inscription gratuite

Antoine Collin / Axelle Morin