Des meubles qui traversent le temps : Nicolas & Nicolas Maison d'ébénisterie à Creully (14)

Publié par Pôle ATEN, le 20 septembre 2018   170

Xl nicolas et nicolas

Nous sommes allés à Creully dans le Calvados à la rencontre de Nicolas Basile et de son associé Nicolas Thienpont afin de découvrir ces deux jeunes ébénistes et en apprendre plus sur leur métier et leur univers. La maison d’ébénisterie Nicolas & Nicolas emploie actuellement 4 salariés en CDI et connait une belle croissance depuis sa création, en 2011.

C’est dans un hangar aménagé en atelier qui sent bon le bois que nous sommes accueillis par les deux artisans en fin d’après-midi. Nous découvrons un lieu vivant où le bois est façonné et posé de manière à donner vie aux superbes créations que nous avions vu précédemment sur leur site.

Après nous avoir fait visiter l’endroit, Nicolas Basile nous invite à nous rendre dans leur bureau situé au rez-de-chaussée afin de discuter dans le calme. C’est donc lui qui a répondu à nos questions, Nicolas Thienpont étant affairé à la conception des meubles pour le moment.

Notre première question concerne le parcours scolaire et professionnel suivi par nos deux ébénistes :

« Nous avons à peu près le même bagage. Je me suis formé pendant 5 ans à l’institut Lemonnier de Caen, j’ai eu un BEP menuiserie en 2 ans, un CAP ébéniste en 1 an et un brevet des métiers d’art en 2 ans. Ensuite j’ai passé un diplôme des métiers d’art en 2 ans dans l’Aisne. C’est au cours de cette dernière formation que j’ai rencontré Nicolas, à Saint Quentin. Il a un cursus un peu différent mais s’est formé là-bas » nous explique-t-il.

Être artisan à son compte était l’objectif initial ?

« Sur un long terme je voulais être artisan à mon compte, mais c’est le hasard et la rencontre avec Nicolas qui m’a poussé à m’y mettre plus tôt. Je ne m’étais pas posé la question.  On avait la vingtaine quand on a commencé, c’est peu commun mais il y en a quand même quelques-uns ».

C’est aussi ce qui les a poussé à s’associer, « C’est plus simple, c’est une grosse montagne à surmonter c’est bien d’être à plusieurs ».

Nous lui demandons alors pourquoi la Normandie, est-ce une région attractive ?

« Moi je viens de Haute Normandie, j’ai apprécié la ville de Caen et sa région. On savait qu’on allait beaucoup travailler avec la région parisienne donc on voulait un endroit pas très loin qui soit accessible avec un cadre de vie sympa. Au tout début nous étions à Ifs, puis l’opportunité de partager l’atelier avec un menuisier à Creully nous a poussés à nous installer ici. Il est parti au bout de 2 ans et on a repris tout l’atelier ». D’un point de vue logistique Paris n’étant pas loin il est donc plus facile pour eux de travailler depuis la région.

Le cœur de métier est la création de meubles et l’agencement. Ce qu’on entend par agencement, ce sont  les bibliothèques, les dressings ou encore les cuisines, c’est en fait du mobilier destiné à être fixe. Cela représente 70% environ de leur activité.

Les principaux outils des deux associés sont assez traditionnels, ce qui ne les empêche pas d’être modernes dans leur façon de travailler :

«  Nous avons des machines à bois assez traditionnelles, complétées par des innovations dans l’organisation. Pour des questions de productivité on utilise notamment des machines à commandes numériques. On utilise également beaucoup le logiciel de modélisation. On faisait un peu de 3D mais c’est très chronophage, on préfère la 2D pour nos plans » nous confie-t-il.

Quant à leurs clients, c’est assez varié et cela change au fil des ans. Ils travaillent beaucoup en France, surtout sur Paris avec des architectes de la capitale. Cependant ils ont de nombreux clients locaux surtout sur Bayeux depuis 1 an et demi / 2 ans.  Nombre de leurs meubles partent également pour l’étranger, comme une commode qu’il nous montre dans l’atelier et qui est destinée au marché américain. Leur meilleur moyen de se faire connaître là-bas c’est le bouche à oreille, notamment lors de salons comme Révélations.  

Quelle est la place de l’innovation dans votre entreprise?

« Nous sommes dans la recherche de matériaux, pas forcément nouveaux. Par contre on recherche des textures, des formes, des effets nouveaux. L’inconvénient c’est qu’il faut tester les nouveautés afin de vérifier la tenue dans le temps, la résistance... En fonction de l’effet que l’on veut donner on cherche et on essaye ».

Quels procédés nouveaux utilisez-vous par rapport à vos concurrents?

« On a axé beaucoup sur la finition notamment grâce à la cabine de finition. Cela nous différencie, on fait beaucoup de laque, de patine. On a une ligne, un esprit “Nicolas & Nicolas”. On est beaucoup première moitié du XXème dans nos dessins et nos créations. Cela nous différencie d’une concurrence qui sera plus contemporaine » nous dit-il.

Son objectif est que leurs meubles puissent traverser le temps et aille dans tous les intérieurs.

Cela nécessite une certaine liberté, il faut pouvoir créer sa touche, son esprit ?

« C’est très variable. Il y a des clients qui savent vraiment ce qu’ils veulent, d’autres nous laissent plus de marge. Certains ont envie d’un meuble dans un esprit donné et on leur crée ce meuble. Nous avons aussi des projets d’architectes sur lesquels nous ne pouvons pas faire ce qu’on veut, on doit respecter un cahier des charges ».  

Comment faites-vous pour l’aspect commercial de votre activité ?

«  Nous faisons tout nous-même, nous avons une identité que nous souhaitons retranscrire. On a la même vision de l’entreprise, sur l’avenir on sait ce qu’on veut pour la boite, c'est difficile de déléguer cela à une tierce personne » nous explique-t-il.

Mais participer à des événements leur permet de gagner en notoriété.

Par exemple le salon Révélations qui a lieu tous les 2 ans au Grand Palais de Paris leur a permis de gagner en visibilité et de remplir le carnet de commandes : « Cela nous a donné une belle vitrine sur l’international. Les architectes se retrouvent sur ces salons, l'artisanat d’art français est bien réputé à l'international » nous indique Nicolas Basile.

Cependant il nous précise qu’ils ne vont pas participer au prochain salon car « on est débordé, on veut déjà répondre aux demandes que l’on a. Mais nous devrions le faire car notre image de marque passe par là. Mais cela demande de l’investissement : le stand est cher et il faut au moins une personne à temps plein pendant 6 mois pour faire les créations » dit-il pour nous donner un ordre d’idée de l’implication qu’il faut.

Nous lui demandons alors si ils utilisent les réseaux sociaux pour faire parler de leurs créations, sa réponse nous éclaire alors sur leurs méthodes :

« On ne communique pas trop mais on veille beaucoup, surtout sur Instagram. On regarde ce qui se passe chez les architectes. On poste des choses avec le jeu des mots clés pour se placer. On a décroché des commandes grâce à cela. C’est un super support qui nous permet de montrer les objets que l'on fabrique à des personnes qui n’auraient pas le temps de lire un book alors que l’application peut être consultée en permanence même le week-end ! ».

Et les autres réseaux?

« LinkedIn, mais peu, pourtant cela marche pas mal, certains architectes trouvent des chantiers grâce à cela. Instagram demeure le meilleur réseaux pour nous et Facebook est moins impactant visuellement ».


     C’est avec un grand plaisir que nous avons rencontré Nicolas Basile et Nicolas Thienpont qui nous ont donné de leur temps pour répondre à nos questions et nous faire découvrir leur univers.

N’hésitez pas à les rencontrer lors la Fête de la science dans le cadre de l’événement «Visitons l’artisanat » qui aura lieu du 8 au 13 octobre 2018.

Antoine Collin / Axelle Morin