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Communauté

Le Dôme

Une première cartographie d'usages des Badges numériques

Publié par François Millet, le 29 mai 2018   2.5k

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Depuis 2017, le Dôme se saisit progressivement des Badges numériques ouverts (Open badges) tant pour enrichir que pour structurer et évaluer ses activités. Après un an d’expérimentations, le potentiel de cet outil numérique se confirme.

Le Dôme est un établissement culturel organisé comme un espace collaboratif. Ouvert au public,  il propose à la population de contribuer à des projets de recherche participative et d’innovation ouverte. Sa programmation est fondée sur les projets apportés par les acteurs du territoire dans tous les domaines relatifs aux sciences et techniques : ville de demain, handicap, transition numérique, objets communicants… 

Une des originalités du Dôme est de proposer principalement des ateliers à ses publics. L'invitation est de venir tester, contribuer, imaginer, concevoir et prototyper de nouveaux objets, de nouveaux usages, de nouveaux projets en dialogue avec des chercheurs, des entrepreneurs, des associations, des collectivités ou des acteurs culturels et artistiques. 

Cette orientation est venue confirmer des interrogations communes à de nombreux établissements du même type. Comment rendre compte des apprentissages et des parcours d’éducation informelle liés à ces activités ? Comment assurer et maintenir les contributions individuelles dans ces démarches collectives ? Comment donner à voir les compétences des différents réseaux auxquels nous contribuons ou que nous animons ?  Comment mesurer, reconnaître et représenter l’impact de telles activités sur un territoire ?

Les Badges numériques se sont rapidement révélés être un outil particulièrement pertinent pour répondre à ces questions.

UN OUTIL NUMÉRIQUE
AUX MULTIPLES FONCTIONNALITÉS

 Concrètement, un Badge numérique est une image dans laquelle sont encodées des informations vérifiables et sécurisées. C’est une preuve infalsifiable qui contient et atteste des informations suivantes : récepteur (À qui le badge a-t-il été remis ?), émetteur (Qui a émis le badge ?), critères (Qu’est-ce que le badge démontre/indique ?) et preuves (Les éléments produits par le récepteur qui satisfont les critères).

Les Badges numériques sont donc un outil pour reconnaître et faire reconnaître des capacités, des compétences, des talents et des apprentissages informels dont il est souvent difficile de témoigner. Un badge peut témoigner des expériences, des convictions et de l’implication dans des projets, dans la société.  C’est également un nouveau moyen d’entrer en dialogue avec d’autres personnes partageant les mêmes centres d'intérêt ou de revendiquer une appartenance à des groupes ou des communautés.

Un Badge numérique est également diffusable. Stocker dans un passeport de badges numériques, on peut le partager, l’afficher sur différents profils, réseaux sociaux, CV. On peut s’en réclamer, le revendiquer, mais aussi l’archiver, le conserver, le masquer ou le supprimer. 

Un badge numérique peut être lui-même constitué de plusieurs autres badges. Qualifiés de méta-badges, ces compilations de badges numériques sont susceptibles de traduire un parcours de découverte ou d’apprentissage, une formation, une somme d’expériences cumulées.

Fort de ces fonctionnalités et interactions, les badges apparaissent donc comme un outil extrêmement pertinent et adapté pour répondre aux questions qui se posent à un tiers lieux culturel et scientifique comme le Dôme.

UN POTENTIEL
DE FONCTIONS ET D'USAGES

Le Dôme a fait le choix de laisser de côté les problématiques de construction et la validation de référentiels de compétences, un exercice fastidieux déjà largement explorer et de longue date par des professionnels beaucoup plus aguerris. Nos expérimentations se concentrent donc principalement sur la formalisation de fonctions et d'usages qui s’articulent autour de 5 grands champs d'exploration.

#1/ Reconnaissance des compétences et expériences

Le premier apport des badges numériques est de répondre à la question de la reconnaissance par une technologie à la fois simple et innovante. Ce sont des outils techniques dont l’objet est la reconnaissance et offre l'énorme avantage de la rendre visible. C'est donc le premier usage que nous en faisons au Dôme en délivrant progressivement des badges  pour chacun de nos ateliers. 

Cette reconnaissance concerne en premier lieu les compétences que nos publics peuvent revendiquer au terme de leur participation à nos activités. Pour cela nous avons développé des catégories de badges de compétences (Savoir, Savoir-faire, Savoir-être) qui existent sous 5 postures : "J’ai découvert/j’ai vu", "J’ai fait/j’ait testé", "Je peux faire/mettre en œuvre", "Je peux entretenir/enrichir" et "Je peux transmettre".

Derrière cette dénomination apparaît le souhait de reconnaître ce que la personne détentrice du badge sait ou peut faire. Il ne s'agit pas de certifier ce qui a été fait mais de se projeter dans l’avenir, pour ces intérêts. Vers le pouvoir d’agir.  Ensuite, le contenu du badge est extrêmement restreint et facilite sa validation. C’est la somme des badges qui fait sens.

Ces catégories et leur graduation sont déclinées graphiquement au fil de nos activités. 

Une quatrième catégorie regroupe les badges "Expérience" qui reconnaissent une participation à un projet, une étape d'un projet ou à un événement. Ces badges "Expérience" sont aussi utilisés pour témoigner et reconnaître des engagements dans des thématiques, des causes. Ils proposent également des niveaux qui reprennent les différentes postures de la participation des publics ou la nature de l'engagement : "J'ai découvert", "J'ai testé", "J'ai contribué", "J'ai participé à co-construire" et "J'ai participé à la co-gouvernance".

La majorité de nos événements dispensent des badges numériques, à l'image des "Parcours digital" qui vise à l'insertion professionnelle de jeunes en décrochage scolaire par leur appropriation des machines du FabLab. Aujourd'hui, nous cherchons à étendre cette méthodologie aux nombreux dispositifs d'accompagnement que propose Le Dôme tels que les "Parcours culturels scientifiques" pour lesquels des lycées sont accompagnés tout au long de l'année en dialogue avec des chercheurs et des créateurs numériques/techniques. 

Sont aussi concernés les parcours d'innovation ouverte où les publics participent collectivement à concevoir puis fabriquer de nouveaux objets et services. Des parcours de visite au sein de manifestations ou de salon pourraient suivre la même voie. Enfin, les parcours de formation de doctorants jusque dans leur accompagnement face à des publics, seraient également intégrés.

#2/ Formaliser des réseaux et des projets

L'autre usage que nous faisons aujourd'hui des badges numériques est celui de l'appartenance à un groupe ou un réseau. Le plus simple est de créer un badge réseau ou de projet qui est proposé à l'ensemble des personnes et structures membres concernés, comme c'est le cas pour le collectif "Badgeons la Normandie". Il est aussi possible de concevoir et délivrer de tels badges collectivement. Ce type de badges peut contenir les informations, la charte, les valeurs, le rôle, les objectifs, ... du réseau ou de la communauté.

Mais surtout, le standard open badge autorise des structures ou des individus à endosser des badges. Cette fonctionnalité d'endossement permet d'approuver, de soutenir un badge créé par un tiers, de témoigner de la valeur qu'on lui donne, de la confiance qu'on lui accorde.

 Avec cette fonction d'endossement, il se constitue "un écosystème de confiance basé sur un réseau de reconnaissance entre des octroyeurs, des récepteurs et des appréciateurs de badges". (Serge Ravet, 2017)

Par exemple, des badges de "Savoir-faire" dans l'utilisation des machines du FabLab (après avoir été co-créés entre différents partenaires) sont aujourd'hui endossés par un ensemble de FabLabs normands. Autre exemple, un badge créé par Le Dôme pour des étudiants peut être endossé par un enseignant, directement par la structure de formation et même par les étudiants.

Toujours dans un même esprit de communauté de pratiques, les badges sont aujourd'hui testés pour identifier et fédérer les chercheurs ou les doctorants qui s'engagent dans des activités de culture scientifique.

Comme les badges peuvent être datés ou spécifiés dans le temps, permanents ou temporaires, ils sont également adaptés pour identifier les acteurs d'un projet. De tels badges de projet sont aujourd'hui utiliser pour identifier et fédérer les acteurs projets au long court, à l'image de programme de recherche comme le programme de recherche "TÉTHYS" dédié à la transition énergétique et l'énergie hydrogène ou tout simplement pour identifier les habitants du Dôme. 

 

Un autre projet est à l'étude avec le réseau CANOPÉ pour identifier un réseau de compétences autour du fact-checking. Ce concept journalistique qui vise à identifier le vrai du faux dans les informations diffusées dans les médias et sur les réseaux sociaux est autant un enjeu pour la culture scientifique que pour tous les champs de l'éducation. Des badges numériques dédiés et endossés par un réseau de confiance permettraient d'identifier des personnes et structures compétentes dans le repérage et la vérification d'information et de contenus mais aussi de reconnaitre des sites et des ressources en ligne comme fiables. 

#3/ Fonction d’animation

Un réseau ou une communauté ne reste actif que s'il est vivant et animé. Là aussi, les badges numériques offrent des usages qui restent à développer. Le premier qui vient à l'esprit relève de la gamification. En effet, le principe des badges de niveau ou de récompense est un héritage de ce qui existe déjà dans les jeux vidéo ainsi que dans des jeux de rôle.

Un autre aspect est celui de la collection, ou de la rareté. Ainsi, des badges spécifiques seraient fournis à l'occasion d'événements spécifiques ou en échange de contribution et d'engagement. Les Badges numériques se prêtent donc particulièrement bien des dynamiques proches des cartes ou des vignettes à collectionner 

Cet aspect de gamification n'est encore que très peu exploré dans les activités du Dôme. Tout d'abord parce qu'il nécessite une implication et une réflexion extrêmement aboutie pour être pertinente et bien fonctionner. Mais aussi parce qu'une entrée trop précoce de la dimension jeu ou animation pourrait-être perçue comme un détournement, voire un dévoiement, de l'intention première des badges. 

Reste que les Badges numériques sont un outil d'animation et de rassemblement de personnes et de structures, de communautés qui se reconnaissent une appartenance ou des centres d'intérêt et de pratiques communs. Il est alors possible d'adresser des messages à tous les détenteurs d'un même badge, pour les solliciter, les réunir, les valoriser.

#4/ Fonction d'engagement

La réussite des activités du Dôme repose sur notre capacité à mobiliser des publics, des chercheurs, des entrepreneurs, des acteurs culturels, ... des participants. Et cette participation ne se décrète pas.

C'est pourquoi nous avons dès l'origine de notre projet identifié un ensemble de leviers et de contreparties censées faciliter la participation des publics. Pour cela, il faut que l'implication des participants donne droit à une rétribution, permette un apprentissage, donne de la visibilité, participe à l'insertion professionnelle, correspondent aux convictions militantes des publics ou procure tout simplement un plaisir de divertissement.

De part leur capacité à reconnaitre des apprentissages, à faciliter l'intégration et le positionnement au sein de communautés ou de réseaux, à incarner des engagements et des revendications, ou encore à donner accès prioritairement ou, à moindre coût, à des services et ressources, les badges numérique constituent un outil formidable pour activer ces différents levier de participation.

#5/ Fonction d’évaluation

L'évaluation des activités d'un établissement comme Le Dôme ne peut se résumer à la fréquentation sur ses activités. La récurrence des publics, leur parcours au fil du temps d'une posture de découverte à une posture plus impliquante et active, leur contribution à différents projets et thématiques, l'accroissement de leur capacité d'agir et de leur esprit critique sont autant d'indicateurs permettant de mesurer l'impact de nos actions. Grâce aux Badges numériques, un ensemble de données sont collectée et peuvent servir, dans le respect de l'anonymat et des données privées, à un meilleur témoignage de la valeur produite par nos activités.

Le Dôme a également une mission d'animateur territorial. Le nombre de réseaux accompagnés, structurés ou animés, les compétences diffusées et les événement réalisés avec, par et pour des communautés peuvent également s'incarner au travers des Badges numériques. Enfin, grâce à des fonctions de géolocalisation des badges numériques, c'est tout le territoire apprenant auquel auquel nous contribuons qui peut se révéler. 

QUELLES PERSPECTIVES ?

Plusieurs frontières existent cependant dans ce paysage enthousiasmant. 

La première concerne les données produites par les badges numériques qui restent complexe dans leur ergonomie d'utilisation et de gestion. Mais cette aspect peut également  constituer une opportunité d'évoquer les questions de confiances, de données, de cryptographie et de sécurité numérique avec ses publics.

Ensuite, si toutes les fonctionnalités décrites sont possibles, il n'existe pas aujourd'hui de plateforme ou d'application qui permettent de réellement les mettre en oeuvre.  Et c'est là le défi et l'opportunité qui attend les différents acteurs qui se sont jetés dans l'aventure des Badges numériques : imaginer, co-concevoir puis trouver les moyens de développer les plateformes et les outils numériques qui permettront tous ces usages de devenir une réalité et le cadre de travail de demain.

Une ambition à laquelle Le Dôme souhaite contribuer et à laquelle il invite celles et ceux qui voudraient se joindre à lui dans l'aventure, au côté du collectif Badgeons la Normandie et de l'association nationale Reconnaitre.


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