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Le Dôme

"La loi est le miroir de notre société"

Publié par Guillaume Dupuy, le 23 janvier 2020   810

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Léa Duval est doctorante en droit public à l'Université de Caen Normandie. Elle mène depuis 4 ans des recherches sur les discriminations à l'égard des femmes dans le monde professionnel et politique avec un objectif : faire évoluer le droit pour faire évoluer nos sociétés.

Originaire de l'Orne, Léa Duval, 26 ans, a suivi ses études secondaires au Lycée Alain d'Alençon. Une fois son Bac économique et social en poche, elle s'inscrit en Licence de Droit à l'Université de Caen Normandie. "Au collège, je voulais être journaliste puis, sous l'exemple de mon entourage familial, je me suis imaginée magistrate. Je me suis donc dirigée vers des études de droit. C'est là que j'ai découvert mon intérêt pour le domaine des Droits de l'Homme."

DÉCRYPTER LA LOI ET SES APPLICATIONS

Huit ans plus tard, Léa a intégré le Centre de recherche sur les droits fondamentaux et les évolutions du droit (CRDFED) où elle mène des recherches sur les discriminations à l'égard des femmes dans le monde professionnel et politique. "Le but d'une thèse en droit est de réaliser un état des lieux précis de la loi et de ses applications sur une problématique afin de faire des propositions pour la faire évoluer. Je passe donc une très grande partie de mon temps à collecter et à analyser les lois, jugements, arrêts et études en lien avec l'égalité femme-homme."

Un travail de 4 ans qui porte ses fruits. "J'ai pu constater qu'il existait de nombreuses lois et normes très favorables aux femmes dans le droit français. Cependant, celui-ci étant originairement fait par des hommes pour des hommes, certaines problématiques ne sont pas, ou mal, prises en compte."

BRISER LE CERCLE VICIEUX

Parmi les exemples les plus marquants, celui de la grossesse. "Dans nos sociétés, les hommes ne sont, traditionnellement, pas associés à l'éducation des enfants. Ainsi, la grossesse est considérée par la loi française comme une situation exceptionnelle qui ouvre aux femmes le droit à un congé obligatoire et rémunéré, le congé maternité, qui peut-être source de discrimination à l'embauche." Plusieurs autres lois ont depuis été votées pour résoudre ce problème. "Le congé paternité de 11 jours, rémunéré mais optionnel, a été créé en 2002 puis le congé parental d'éducation à été ouvert aux pères en 2014." Celui-ci n'est encore que très peu mobilisé par les hommes. "La loi ne fonctionne pas hors-contexte. Il y a des réalités sociales et économiques à prendre en compte et rares sont les femmes qui bénéficient d'un salaire plus élevé que leur conjoint."

La loi n'est donc pas une "solution magique", comme le souligne Léa, mais elle peut nous aider à briser ce cercle vicieux, surtout lorsqu'elle est assortie de sanctions fortes. "En 1945, les femmes représentaient 5% de la première Assemblée constituante. En 1996, ce chiffre plafonnait toujours à 6%" détaille la doctorante. Vingt ans et huit lois plus tard, nous en sommes à 42,7%. "Jusqu'en 2014, les amendes infligées aux partis politiques n'étaient pas dissuasives. Ceux-ci préféraient payer les pénalités financières que de présenter des femmes aux élections [28 millions d'euros entre 2012 et 2017, ndlr]. La "Loi sur l'égalité réelle entre les hommes et les femmes" votée cette même année a permis de faire évoluer la situation grâce à une mesure simple : le doublement du montant des amendes !"

CRÉER UN ESPACE D'ÉCHANGE ET DE DÉBAT

En parallèle de ses activités de recherche et d'enseignement, Léa s'implique également dans des actions de culture scientifique et technique, dont l'Atelier du chercheur. "Parler de mes recherches permet de créer un espace d'échange et de débat avec les lycéen∙ne∙s." 

La jeune femme s'est en effet rendue compte que ses travaux trouvent un écho dans le vécu de ces jeunes de 15-16 ans, notamment les filles. "Contrairement à moi au même âge, la plupart d'entre elles ont conscience de cette discrimination mais elles n'osent toujours pas, parce qu'elles manquent d'exemples. En agissant sur la loi, j'espère pouvoir faire évoluer les représentations et leur ouvrir le champ des possibles" explique la jeune femme avant de conclure "Pour la première fois, nous avons aujourd'hui deux femmes à la tête du Ministère des Armées. C'est le signe que les choses évoluent !"

Léa sera présente au Dôme le samedi 1er février prochain pour la première édition de "Chercheurs∙Chercheuses". Elle sera également à l'affiche du festival "Pint of science" à Caen en mai 2020.


Crédits : Le Dôme/G. Dupuy (DR).