Des générations plastiques : une conférence inversée et théâtralisée pour clore l' épisode 1

Publié par Arnaud Rioual, le 6 novembre 2026   3

Après trois ans de recherche participative d'une grande richesse, avec l'équipe du laboratoire ABTE (Université de Caen), de nombreux partenaires et plus de 5 000 participant·es à nos évènements (ateliers, conférences, salons), nous souhaitions marquer le coup pour la clôture  du premier épisode du programme Des générations plastiques avant de lancer, avec vous, le second épisode qui s'annonce tout aussi captivant.

Nous avons choisi un format particulier pour ce bilan : une conférence inversée et théâtralisée. Inversée afin de faire remonter les réactions des publics et recenser toutes leurs questions (voir paragraphe "réponse aux questions chiffonnées"); théâtralisée afin d'apporter une touche plus détendue et joyeuse, moins anxiogène que certaines de nos animations passées, et finalement créer une ambiance propice à l'émergence de solutions.

Un grand merci aux 80 personnes qui ont fait le déplacement pour participer à cet évènement, à toute l'équipe de l'ABTE pour leur implication dans la préparation et l'animation et à Valérie Barbe, chercheuse au CEA, microbiologiste qui nous accompagne depuis le début de l'aventure et qui était encore présente, aujourd'hui, pour répondre avec nous aux questions du public.

Corentin et Sébastien incarnent deux personnages dont les traits de personnalité et la position sur l'interdiction des plastiques à usage unique (pour ou contre) ont été donnés par les publics. Crédit photo : Julien Hélie

Un grand merci également à Corentin Deletoile et Sébastien Daubes, comédiens du collectif  "La tête la première", pour avoir accepté de relever ce défi et avoir su rebondir avec humour, perspicacité et talent aux propos et échanges durant toute la matinée, ainsi qu'à Jean-Baptiste Jouenne qui a joué double jeu, quittant sa casquette de physicien pour revêtir celle de Maître de Cérémonie quand il le fallait.

Introduction : retour en dessin sur trois ans de recherche participative

Julie revient sur les principales étapes du programme en s'appuyant sur la synthèse graphique illustrée par François Boissel. Crédit photo : Julien Hélie

Quatre détails de la synthèse graphique, conçue par Julie et Arnaud et magnifiquement illustrée par François Boissel, pour résumer les jalons du programme .

Si vous souhaitez avoir plus de détails sur ces étapes vous pouvez consulter les articles cogito :   https://www.echosciences-norma...  et https://www.echosciences-norma...   ainsi que le verso de la synthèse graphique épinglée à cet article.

Une phase d'inspiration alternant échanges avec les publics et mini impros

Quelques petites questions pour s'échauffer, avec un vote coloré, pêle-mêle : Avez-vous moins de deux objets plastiques sur vous ? / La production de plastiques a-t-elle été freinée ces dernières années ? / Un bioplastique est-il un plastique biodégradable ? / Les pots de yaourts sont-ils recyclables ? / Les pots de yaourts sont-ils recyclés ?

Vote coloré. Crédit photo : Julien Hélie

Une réaction théâtrale

Crédit photo : Julien Hélie

Un échange autour de tout ça, avec des questions sur les quantités de plastiques produits, jetés, recyclés, enfouis, incinérés... et des panneaux qui arrivent comme par magie (celle de Christophe, directeur technique du Dôme)

Puis un dernier vote coloré (pour ou contre l'interdiction des plastiques à usages uniques ?) commenté par une impro de Corentin et Sébastien.

Crédit photo : Julien Hélie
Crédit photo : Julien Hélie

En conclusion de cette phase d'inspiration, les publics réagissent à tout les éléments apportés et posent leurs premières questions. Pour y répondre, des scientifiques invité·es qui se sont glissé·es dans la salle : Valérie Barbe (CEA), Simon Begrem (ABTE), Jean-Baptiste Jouenne (ABTE) ainsi que des participant·es au protocole qui sont venu·es pour l'occasion et l'équipe médiation du Dôme.

 Conférence inversée

Après une courte pause bien méritée et afin de remettre les cerveaux en éveil, Julie et Arnaud introduisent la partie "conclusion" de la synthèse graphique : le mur de la transition plastique ! Mur constitué de quatre sections représentant les principaux verrous qui bloquent la transition plastique :  celui qui empêche la baisse de la consommation plastique, celui qui empêche la baisse de la production de plastiques, ceux liés à des forces antagonistes sur les substituts plastiques d'une part et sur une meilleure gestion du cycle de vie des plastiques. Sur chaque verrou, il existe des initiatives qui semblent aller dans le bon sens, des vraies bonnes idées et d'autres qui  au contraire ne font qu'empêcher ces verrous de s'ouvrir, ces pans de mur de tomber.

Nous vous livrons ici les quatre détails de la synthèse, sans trop de commentaires et nous vous invitons à lire le verso de la synthèse graphique épinglée à cet article pour en savoir plus sur ces représentations.

Sur ce temps descendant et  sans transition : place au Carnage ! Une impro de 5 minutes ou Corentin et Sébastien incarnent le voyage des six déchets plastiques (choisis par les publics) vers le recyclage... aucun n'en sortira vivant !

Crédit photo : Julien Hélie

Questions chiffonnées

Par groupe de trois ou quatre, répartis librement dans les espaces du premier étage du Dôme, les participant·es sont invitées à écrire les questions qui restent en suspens et auxquelles ils et elles aimeraient avoir des réponses. Une fois ces questions écrites elles sont chiffonnées et jetées à la poubelle de recyclage ! Quarante questions posées, pas de panique, on en lit quelques-unes et on vous fait une réponse détaillée en annexe du document de restitution (ce document du coup) !

Quatre participant·es écrivent une à trois questions à poser à l'équipe Des générations plastiques. Crédit photo : Julien Hélie
... et les déclame en public ! Crédit photo : Julien Hélie

Pour y répondre, avec grand sérieux : Valérie, Simon, Jean-Baptiste, Julie, Arnaud

et avec tout autant de sérieux : Sébastien et Corentin !

Sébastien dans la peau d'un scientifique expert ! Crédit photo : Julien Hélie

Conclusion en impro, forcément

Pour conclure cette matinée, avant de partager un moment convivial autour d'un verre (en verre !), Sébastien et Corentin nous embarquent dans une uchronie : un monde parallèle dans lequel le plastique n'a jamais été inventé !

Crédit photo : Julien Hélie

Et si vous voulez en savoir plus sur notre programme n'hésitez pas à consulter :

Arnaud Rioual et Julie Amand, Le Dôme.



ANNEXE

Réponses aux questions chiffonnées

Les réponses aux quarante questions qui ont été posées par les 80 participant·es de cette conférence inversée et théâtralisée ont été rédigées collectivement par l' "équipe DGP" - Arnaud et Julie pour le Dôme et Simon, Jean-Baptiste et Joël pour l'ABTE.

1- Comment arriver à mieux sensibiliser la population non avertie ?

En poursuivant nos actions au Dôme et en dehors du Dôme, en continuant à participer à des salons populaires, des festivals et autres fêtes de la science, en rencontrant les scolaires et des enseignants…  et en poursuivant la veille scientifique sur le sujet, en rencontrant des scientifiques au coeur de la recherche sur les pollutions plastiques afin de fournir une information précise et sourcée au grand public.

Nous sommes très satisfait·es des échanges que nous avons eu avec les près de 3 000 personnes rencontrées durant ces trois années, notamment de la forte prise de conscience suscitée chez les personnes de plus de 35 ans. A Contrario nous devons reconnaître que nous avons peiné à sensibiliser les jeunes. C’est pourquoi nous repartons pour trois ans avec de nouveaux outils de médiation, notamment une “lorgnette des micromondes”, utilisable en classe, en quête de microplastiques dans les cours d’eau et dans les sols, et un jeu vidéo très drôle, très peu moralisateur, dans lequel nous avons incorporé une grande partie des résultats du premier épisode que nous clôturons aujourd’hui et avec lequel nous espérons sensibiliser les jeunes et les moins jeunes sans miser sur le champ de l’anxiété, aiguiser leur esprit critique et les rendre pleinement partie prenante de la recherche de solutions.

2- Ne serait-ce pas plus efficace de sensibiliser la population par le canal santé plutôt que par celui de l’environnement souvent galvaudé ?

Il est vrai que la question des impacts sur la santé est le sujet qui revient le plus souvent lors de nos rencontres mais il est aussi le canal le plus anxiogène. Or, l’anxiété n’est pas toujours un bon moteur de transition, elle est même parfois un facteur bloquant. De plus, si de nombreuses études récentes commencent à mesurer l’impact de certains additifs sur le système endocrinien ou intestinal, voire sur l’origine de certains cancers, la très grande diversité des plastiques (quelques centaines de polymères de base formulés avec plus de 16 000 substances chimiques, ça fait une quantité astronomique de compositions possibles !) empêche de pointer du doigt tel ou tel plastique en particulier et quand c’est le cas, il disparaît du marché et est remplacé par un plastique un peu différent dont l’analyse ne donnera ses résultats que dans de nombreuses années.Il nous semble donc plus robuste de porter l’attention sur les impacts sur la biodiversité dont les preuves des effets néfastes des plastiques sont abondantes, reste à faire comprendre que la santé humaine dépend de la qualité de notre environnement et de la biodiversité qui le peuple.

3- A quel taux de plastique le corps humain est-il pollué ?

Difficile de donner un taux. On sait que les organes des êtres humains contiennent des micro et nanoplastiques (poumons, foie, intestin,placenta, sang, cerveau…), que ces micro et nanoplastiques proviennent de l’alimentation (nourriture et boissons) et de l’air qu’on respire. On ingérerait plusieurs grammes de plastiques par semaine (WWF dans un papier de 2019 avançait le chiffre de 5 grammes par semaine, d’autres études concluent à des quantités moindres, de l’ordre de 0,1 à 1 gramme) et une partie reste dans nos organismes, mais quelle quantité exacte, nous ne saurions le dire aujourd’hui.

4- Combien de personnes ont participé à cette expérience ?

1 500 personnes ont participé à nos évènements et nous avons échangé avec autant de personnes en dehors de nos ateliers et conférences. Par ailleurs, 532 personnes se sont prêtées à l’expérience de façon individuelle, 380 y ont participé en groupes associatifs et plus de 1 500 scolaires (59 classes). En tout, le programme a donc touché plus de 5 000 personnes.

5- Quelles solutions concrètes pour diminuer le plastique ?

Grande question ! La première des solutions est de consommer moins de produits emballés dans des plastiques. Ensuite réfléchir à chaque achat, à chaque geste de consommation (voir question 25)… mais ces engagements citoyens ne suffiront pas à freiner la croissance de la production des plastiques, la réponse doit être systémique et donc politique. Un traité international est sur la table des négociations mais a essuyé un échec retentissant en août 2025 du fait du refus catégorique de certains pays producteurs de pétrole et de plastiques de signer un accord qui mentionne une restriction de la production de plastiques. Aujourd’hui ce projet est en sommeil mais toujours en vie, il va falloir trouver des arguments, peut-être à l’échelle d’un pays, d’une région, d’un bassin versant qui pourront peut-être relancer le traité international et enfin amorcer une baisse de la production de plastiques. Il y a peut-être aussi des actions à mener avec des prescripteurs de plastiques, discuter avec les responsables des supermarchés qu’on fréquente, amener la question des plastiques dans nos pratiques professionnelles, au bureau, au labo, sur les temps de restauration…

6- Y-a-t-il un profil particulier des participantes ?

Nous n’avons pas de données précises sur les profils des participant·es. Le choix de ne pas demander d’informations sociologiques a été fait par les publics lors des ateliers de co-conception du protocole et nous avons respecté ce choix, c’est le principe même de la recherche participative. Par contre nous avons tout de même quelques informations, par exemple : les deux tiers des personnes qui ont participé au protocole sont des femmes, les personnes de plus de 40 ans ont été plus sensibilisées et sont plus passées à l’action que celles de moins de 35 ans. Et nous savons aussi, même si nous n’avons pas de chiffre pour l’étayer, que la majorité des participant·es sont des personnes qui ont une sensibilité environnementale préexistante à notre programme. 

7- En tant que citoyen·nes que peut-on faire de plus que simplement trier nos déchets ?

Nous renvoyons ici à la réponse à la question 5 et nous ajoutons que le tri des déchets n’est malheureusement pas une solution suffisante. Au final, seuls 9% des déchets plastiques sont recyclés dans le monde et c’est majoritairement du décyclage et non un réel recyclage ! En France, environ un quart des déchets plastiques est recyclé : près de 4 sur 5 finissent incinérés (~44 %) ou enfouis (~31 %). La France compte parmi les mauvais élèves de l'Europe en matière de recyclage des plastiques : avec un taux d'environ 25 %, elle se situe bien en dessous de la moyenne européenne (35 %) et loin derrière des pays comme l'Espagne (43 %) ou l'Allemagne (42 %). Ces pays ont en commun une législation qui interdit ou taxe fortement la mise en décharge, ce qui les pousse mécaniquement vers le recyclage alors que la France enfouit encore 31 % de ses plastiques. C'est donc autant une question de politique publique que de « bonne volonté ». Les pays scandinaves illustrent une autre voie : en interdisant quasiment la mise en décharge, la Suède et le Danemark valorisent près de 99 % de leurs déchets plastiques,  mais une grande partie passe par l'incinération énergétique plutôt que par le recyclage matière. 

8- Pourquoi les pots de yaourts (par exemple) ne peuvent être entièrement recyclés ?

Déjà car certains d’entre eux n’arrivent pas jusqu’au centre de tri. Ensuite car la filière de recyclage du  polystyrène n’est pas totalement opérationnelle, elle est aujourd’hui principalement une filière de décyclage (les pots de yaourts sont transformés en cintres, pot de fleurs…). Récemment, CITEO, l’organisme chargé par l’Etat français de réduire l’impact environnemental des emballages, a communiqué sur le fait qu’une filière de recyclage (le vrai ! celui qui fait des pots yaourts à partir de pots de yaourts) était désormais fonctionnelle. Par contre nous n’avons pas d’informations sur la quantité de pots que la filière peut traiter aujourd’hui, ni sur la quantité de plastique vierge que l’opération de recyclage nécessite, ni sur la qualité du pot de yaourt recyclé. Enquête à suivre… 

9- Pouvons-nous vivre sans plastique ?

Aujourd’hui, non. Par exemple, canalisations, ordinateurs, téléphones, voitures… regorgent de plastiques. L’idée est d’abord de supprimer tous les plastiques superflus, de remplacer certains plastiques indispensables par des plastiques plus respectueux de l’environnement et de mieux gérer le cycle de vie des plastiques restants.

10- Comment sait-on si le plastique est recyclé ou pas recyclé ?

Impossible à savoir dans l’absolu. En théorie, s’il porte un logo “triman”, c’est qu’il peut être recyclé (ou décyclé !) mais dans la réalité très peu de plastiques le sont (9% des plastiques mondiaux), soit parce que les filières de recyclage n’existent pas (la technologie n’existe pas ou n’est pas rentable), soit parce qu’ils s’échappent du circuit avant d’arriver à l’usine de recyclage, soit parce qu’ils sont directement jetés dans la nature… L’idée de mettre un label (“un plastiscore”) sur les produits consommés a émergé sur plusieurs ateliers afin de répondre à cette question récurrente : “comment savoir si le plastique que j'achète est mauvais pour l’environnement et la santé ?”. Lors de la dernière réunion annuelle du Groupe De Recherche Plastique Environnement Santé (juin 2026), un groupe de travail a justement été constitué pour réfléchir aux moyens de caractériser les plastiques, d’en déterminer le degré estimé de toxicité étayé par des preuves scientifiques solides et de synthétiser ces informations dans un indicateur à destination des consommateurs et consommatrices : un “plastiscore”.

11- Quel rôle jouent les enzymes dans la dégradation de certains polymères ?

Les enzymes sont un type de protéine (molécule composée d’acides aminés) synthétisées par les êtres vivants. Elles sont capables d’accélérer voire orienter certaines réactions chimiques pouvant survenir naturellement (catalyse enzymatique), elles n’interviennent pas directement mais facilitent les réactions. On peut imaginer les enzymes comme des paires de ciseaux moléculaires venant couper (cliver) les chaînes de polymères composant le plastique en morceaux plus petits jusqu’à pouvoir être internalisés dans les cellules des microorganismes où ils seront transformés à l’aide d’autres enzymes pour pouvoir être réutilisés (comme dans une micro-usine de recyclage). Les enzymes ont toutes une forme spécifique (conformation spatiale) qui leur permettent de reconnaître des motifs chimiques sur lesquelles elles vont agir (site catalytique). On utilise souvent l’analogie clé-serrure : la clé (enzyme) a besoin de reconnaître la serrure (site catalytique) pour pouvoir débloquer la réaction. C’est pourquoi la présence d’enzymes seules n’est parfois pas suffisante pour dégrader les plastiques si le site catalytique n’est pas accessible.

Les enzymes sont des biocatalyseurs qui coupent de manière spécifique les liaisons chimiques des chaînes polymères (notamment les liaisons ester des polyesters comme le PET), les fragmentant en petites molécules assimilables par les micro-organismes. 

12- Quelles conséquences ont les bâches en plastiques sur l’agriculture biologique ?

Historiquement, les bâches en plastique dans l’agriculture (la plasticulture) permettent d’augmenter le rendement des cultures, voire même la production de certaines espèces dans des sols à la base non cultivables ou peu exploitables. Ne pas en mettre en agriculture biologique réduirait ce rendement et diminuerait la production globale. Néanmoins la problématique avec ces bâches reste la même : elles génèrent des micro et nanoplastiques qui sont des vaisseaux pour tout un tas de polluants chimiques qui se retrouvent dans les nappes, les rivières, les organismes, …

Pour approfondir la question des plastiques agricoles, nous vous conseillons de suivre les travaux d'Etienne Dufour (chercheur associé de l’UMR Géographie-cités) qui fait un travail remarquable sur l’histoire du plastique dans l’agriculture. 

13- Est-ce que le fait que le plastique se dégrade plus facilement dans une terre saine nuit aux cultures environnantes ?

Cette question nécessite deux réponses selon la nuance dégradation / biodégradation : 

Un plastique (biodégradable) qui se biodégrade plus facilement dans une terre saine n’est pas nécessairement nuisible aux cultures environnantes considérant l'innocuité de ce dernier. Les produits de biodégradations de ces plastiques biodégradables sont de la biomasse, du dioxyde de carbone (CO2), du méthane (CH4), de l’eau (H2O), de l’azote (sous forme NH4+, NO3-) et d’autres minéraux. L’impact de la présence de ces produits dans un sol agricole sur la qualité de la culture reste néanmoins à caractériser. 

Concernant la dégradation d’un plastique non-biodégradable les conséquences de sa fragmentation en micro et nanoplastiques peuvent être désastreuses du fait des polluants chimiques qu’il peut transporter / relarguer mais également en perturbant le système racinaire et de ce fait la croissance de la plante.

14- Peut-on vraiment imaginer un jour sans pollution plastique ?

Sans aucune pollution plastique, pas avant plusieurs centaines d'années ! Les plastiques déjà présents dans l’environnement mettront beaucoup de temps à disparaître et dans leur lent processus de dégradation, passeront par l’état de microplastiques et de nanoplastiques pour la plupart. Même si on stoppait toute production de plastique dès aujourd’hui !
Un objectif mesuré serait déjà de limiter les apports de nouveaux plastiques dans l’environnement. Peut-être de nettoyer aussi certains sites mais c’est compliqué et de nombreux et nombreuses scientifiques pensent que le nettoyage peut être contre-productif dans de nombreux cas. Par exemple, filtrer les microplastiques présents dans l’océan entraînerait nécessairement un prélèvement important d’organismes marins.

Pour limiter les apports de nouveaux plastiques. Il faudrait déjà réduire la quantité de plastiques produite (objectif du traité international sur les plastiques), en limiter la consommation (ce qui reviendra finalement aussi à réduire la production) et mieux maîtriser le cycle de vie des plastiques (de leur production à leur élimination).

15- Est-ce que vous avez pensé à analyser les sols après dégradation des échantillons pour voir s’il y avait présence de microplastiques ?

Naturellement il y a des micro- nanoplastiques issus des polymères biodégradables mais ceux-ci sont en voie de métabolisation par les microorganismes ! Nous avons pu observer, dans la terre que nous ont envoyée les participant·es, des échantillons en morceaux de toutes tailles. Le premier mécanisme de dégradation (même pour les plastiques biodégradables) est souvent d’origine abiotique (non-vivant), l’impact des UV, le ruissellement de l’eau, les mouvements mécaniques du sol. Ensuite les microorganismes commencent leur assimilation. Concernant l’échantillon non-biodégradable de référence, l’échelle de temps est trop courte pour voir une fragmentation en microplastiques (> 1 an requis).  Fait intéressant : nous avons quelques fois retrouvé des microplastiques qui ne faisaient pas partie de l’expérience ! 

16- Comment la terre supporterait les prévisions de consommation de plastiques (3 fois plus d’ici 2060 !)

Mal ! Des études montrent déjà la diminution de la qualité des sols contaminés par les plastiques du fait d’une perturbation du système racinaire (les microplastiques se colmatent aux racines des plantes et nuisent à leur croissance), de la diminution de la qualité biologique des sols (moins de vers de terre, d’escargots… impacts sur les types de microorganismes présents…), de la modification de la structure des sols (porosité, densité…) et autres modifications biochimiques. Si nous ne modifions pas notre gestion des plastiques et qu’on en produit 3 fois plus dans 40 ans, nous risquons de nous retrouver avec des sols de moins en moins fertiles et de plus en plus toxiques.

17- Quelle quantité de microplastiques dans le corps humain ?

Voir question 3

18- Est-ce qu’il existe des plastiques qui soient 100% biodégradables ?

C’est une bonne question car, effectivement, beaucoup de bioplastiques dit biodégradables ne le sont pas véritablement ou dans des conditions très spécifiques. Les PHA (PolyHydroxyAlcanoates) étudiés par l’ABTE sont des polymères qui semblent naturellement biodégradables dans tout environnement, plusieurs études sont très encourageantes pour le confirmer en milieu marin mais des études complémentaires doivent encore être menées. D’autres polymères naturels le sont également comme le caoutchouc naturel (issu de la sève d’Hévéa), la cellulose et autres mais il faut rester prudent car les processus de fabrication d’objets plastiques à partir de ces polymères naturels peuvent en modifier la durée de dégradation et surtout ajouter des additifs (substances chimiques qui améliorent les caractéristiques techniques des objets produits) tout aussi problématiques que ceux des plastiques traditionnels. La recherche sur les matériaux 100% biodégradables et sans effet externe négatif doit être poursuivie. L’accent est mis aujourd’hui sur la conception d’additifs “vertueux” et biosourcés pour permettre de produire des plastiques 100% biosourcés et 100% biodégradables.

19- Comment l’équipe a sélectionné les participant·es ?

Nous n’avons pas sélectionné les participant·es à proprement parler, nous avons créé des temps de rencontres, d’ateliers, de visites et multiplié les interviews dans la presse régionale et nationale pour faire connaître notre programme. Nous avons également proposé des actions pour les scolaires. Ensuite, les personnes intéressées par notre projet se sont inscrites sur notre site internet pour commander un kit et répondre aux questionnaires.

20- Quels comportements ont été remontés et identifiés comme pertinents pour modifier les tendances de consommation plastique ?

Voir question 5

21- Le plastique biosourcé est-il moins délétère pour la santé ?

Il existe différents plastiques biosourcés, ce qui complique la réponse à cette question.

Certains sont des plastiques parfaitement identiques aux plastiques pétrosourcés, ils ont juste été produits à partir de matières végétales. C’est le cas du bio-polyéthylène (bio-PE) par exemple. Produit à partir de canne à sucre, de maïs ou de betteraves, la molécule de bio-PE est en tout point identique à celle du PE et les déchets de bio-PE ne sont donc pas plus biodégradables ni moins polluants que ceux du PE.

D’autres plastiques biosourcés, comme le Polyamide 11 (PA11) produit à partir d’huile de ricin, sont des polymères différents de ceux obtenus à partir de pétrole mais ne sont pas biodégradables non plus.

Quant aux plastiques biosourcés et biodégradables, comme le PHA par exemple, tout dépend de la façon dont ils ont été fabriqués et quels additifs y ont été ajoutés. On peut aujourd’hui affirmer qu’un plastique produit à partir de PHA et d’additifs soigneusement sélectionnés pour leur innocuité pour la santé et en faible quantité, serait un plastique beaucoup moins impactant sur la santé humaine, mais nous restons prudents aujourd’hui car les compositions précises de ces plastiques ne sont pas bien connues, c’est justement l’objet de recherche de l’équipe ABTE qui cherche à produire des PHAs selon un processus maîtrisé de A à Z.

22- Le coût des plastiques biosourcés ? Est-ce plus coûteux d’être éco-responsable ?

Aujourd’hui, oui, clairement. Les plastiques pétrosourcés sont extrêmement peu coûteux à produire, les plastiques biosourcés ne peuvent rivaliser sur ce terrain. 

Il faudrait prendre en compte le coût environnemental et sanitaire des plastiques actuels plutôt que le seul coût de fabrication. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estime que le coût annuel de la gestion des impacts des plastiques sur les seuls environnements marins avoisine les 13 milliards de dollars. Matéo Cordier, dans Plasticologie (2026), montre que le coût sanitaire (soins apportés aux personnes malades à cause des plastiques) aux Etats-Unis en 2025 équivalait à plus de 320 milliards de dollars, soit plus de trois fois la valeur ajoutée générée par l’industrie plastique américaine en 2025.

Le principe des taxes sur les plastiques repose sur cette volonté d’attribuer un coût global, plus proche de la réalité, pour chaque type de plastique mais les montants de ces taxes sont aujourd’hui beaucoup trop faibles pour avoir des effets conséquents.

23- Quelle bactérie dégrade le plastique ?

Bien que certaines bactéries soient capables de dégrader biologiquement le PET, la recherche scientifique se tourne désormais vers l'ingénierie enzymatique pour accélérer ce processus et répondre au défi de la pollution plastique industrielle.

24- Dans l’analyse des photos des kits, comment déterminer, savoir, si les plastiques ont été dégradés ou s’ils se sont désagrégés en microplastiques ?

Sur la seule base d'une analyse photo standard (macroscopique), il est rigoureusement impossible de certifier qu'un plastique a été bio-dégradé ou s'il s'est simplement désagrégé (fragmenté) en micro-nanoplastiques. La désagrégation mécanique et la biodégradation moléculaire produisent des effets visuels très similaires à l'œil nu (perte de morceaux, fissures). Cependant, en poussant l'analyse à l'aide d'outils d'imagerie plus avancés (comme nous l’avons fait avec des microscopes adaptés), certains indices morphologiques et de surface permettent de différencier la fragmentation physique et la biodégradation. Même si la photo montre des signes de biodégradation, le plastique s'est quand même fragmenté en microplastiques pendant le processus. Pour savoir si le plastique disparaît réellement (minéralisation) ou s'il s'accumule sous forme de poussières invisibles, il est nécessaire de dépasser la simple analyse visuelle (microscopie infrarouge ou Raman, perte de masse).  

25- Quelles solutions précises et accessibles pour réduire la quantité de plastiques ?

Nous renvoyons ici à nouveau à la question 5 et nous ajoutons le petit paragraphe suivant.

Des solutions “précises et accessibles” existent à l’échelle individuelle, par exemple : 

  • privilégier l’eau du robinet (et bannir à tout jamais la bouteille en plastique)
  • acheter des produits sans emballages (mais ça nécessite de se passer de supermarché ! Compliqué quand on travaille à temps plein, qu’on a de jeunes enfants, qu’on a un budget limité…)
  • investir dans des contenants sans plastiques (en verre ou en inox par exemple) et réutilisables pour conserver des aliments et les transporter.
  • utiliser des cosmétiques et produits ménagers solides (savon, shampoing, dentifrice, produit vaisselle, détachant…)

Cependant, la plupart des observateurs et observatrices de la question arrivent à la conclusion que ce ne sera pas suffisant, pas suffisant du tout même ! Le problème est systémique et il est nécessaire de prendre des mesures collectives afin de diminuer drastiquement la production de plastique.

A notre échelle nous œuvrons pour sensibiliser et alerter mais également pour faire remonter les freins (et leviers) actuels à la transition plastique, mieux les comprendre et aider à la co-construction d’actions collectives (à l’échelle d’une commune, d’une agglomération, d’un bassin versant…) qui permettront de réduire les quantités de plastiques consommées.

A terme, on espère que ces actions pourront alimenter les réflexions à l’échelle nationale et peut-être aider à prendre des résolutions politiques ambitieuses pour limiter la production de plastiques.

26- Avez-vous travaillé avec la grande distribution ? Le plastique permet des économies d’échelle sur la logistique par exemple. Donc paradoxalement, moins d’émission de CO2 / poids .  trajet . cycle consommation. Quelles solutions pour eux ?

Pour la première partie de la question, nous souhaitions échanger avec la grande distribution mais nous ne l’avons pas fait, faute de temps. Nous essaierons de le faire dans l’épisode 2 qui s’ouvre aujourd’hui. Nous avons rencontré sur un salon la responsable d’un centre commercial dans la Manche qui mène des actions pour réduire la quantité d’emballages plastiques dans son magasin mais qui rencontre des difficultés pour ancrer ces pratiques dans le quotidien des consommateurs et consommatrices. Nous devions aller sur place pour tirer des enseignements de ces tentatives mais ça ne s’est pas fait (contrainte de temps de notre côté). C’est un champ très important à explorer et qui manque incontestablement dans notre étude.

Quant à la seconde partie, il est certain que le plastique simplifie énormément le conditionnement et le transport (léger) des produits mais à quels coûts ! (voir question 22)

Si le plastique permet de limiter certaines émissions de CO2, notamment lors du transport, il en génère d’autres lors de sa fabrication (extraction de pétrole,transport, raffinage, transport, polymérisation, transport, fabrication, transport, utilisation) et lors de la gestion de sa fin de vie (incinération, enfouissement, recyclage…). Le bilan carbone n’est donc pas si évident à déterminer. Enfin, outre cet aspect C02 , les plastiques émettent une grande quantité de polluants dans l’environnement. De nombreuses recherches actuelles se sont emparées de la question en adoptant une approche “Santé globale” (OneHealth) dont les indicateurs et paramètres restent à affiner pour obtenir une échelle environnementale des matériaux, des process et des pratiques.    

27- Si le projet avait la volonté de s’étendre à une plus grande échelle, auriez-vous des difficultés à trouver des financements (sachant que l’industrie du plastique profite à l’Etat) ? 

Non, les verrous ne se situent pas au niveau des enveloppes financières de départ, mais plutôt dans la transition vers une action publique concrète . Il existe aujourd’hui de nombreux organismes publics qui financent des études de ce type. L’ADEME, l’ANR, le CNRS,… certains fonds européens (FEDER)… financent déjà et depuis plusieurs années des programmes de recherches académiques sur les pollutions plastiques et des programmes de recherche participative notamment via le label Science Avec et Pour la Société (SAPS). Le problème nous semble plus axé sur les leviers du passage à l’action que sur celui du financement des projets eux-mêmes.

Face à l'inertie politique et aux intérêts économiques liés à l'industrie du plastique, le véritable défi d'un changement d'échelle consiste à nommer précisément les problèmes et à les quantifier directement à la source.

Subventionner la recherche scientifique est une chose, mais utiliser ses données pour contraindre les industriels et légiférer à la racine de la production en est une autre. Pour qu'une extension d'échelle soit utile, le financement doit servir à produire des données incontestables (cartographies, volumes, types de polymères) capables de permettre aux pouvoirs publics de passer de la simple observation à une réglementation stricte des sources de pollution.

28- Quels sont les plastiques les plus dangereux pour notre santé ? Et les conséquences à long terme ?

Les plastiques les plus dangereux pour la santé humaine sont ceux qui contiennent le plus d’additifs nocifs. Les polymères en eux-mêmes posent de réels problèmes environnementaux et sanitaires (à l’état de macrodéchets ils peuvent provoquer la mort de beaucoup d’organismes vivants, à l’état de micro et nanoplastiques ils freinent la croissance des végétaux, colonisent les organismes des animaux… et font des dégâts) mais les additifs contenus dans les plastiques sont encore plus problématiques car ils ne sont pas liés chimiquement au plastique : ils s'en détachent facilement (par la chaleur, l'usure ou l'acidité des aliments) et migrent dans notre organisme. À long terme, l'exposition chronique à ces substances toxiques provoque  des perturbations endocriniennes, des maladies chroniques, voire des cancers.

29- Quels objets plastiques de notre maison faudrait-il remplacer en priorité ?

Les bouteilles d’eau (et de sodas, jus de fruits…), les flacons de shampoing, de savons liquides, de détergents, les emballages plastiques alimentaires (fromages, charcuterie, plats préparés… et les pots de yaourt individuels !)... voir aussi question 5 et question 25.

30- Quelles sont les habitudes les plus simples à changer pour utiliser moins de plastique ?

Voir question 5, question 25 et question 29

31- Urgence à sensibiliser et responsabiliser les élu·es

Oui. Et cela passe souvent par les citoyen·nes, électeurs et électrices. N’hésitez pas à solliciter vos élu·es pour engager des démarches allant de ce sens (suppression ou diminution des plastiques à l’école, à la cantine, dans les bureaux des mairies, dans les espaces verts, lors des fêtes et festivals…). De notre côté, nous souhaitons associer des élu·es et des fonctionnaires à nos futurs ateliers afin d’engager des échanges avec les publics et les scientifiques et faire émerger des actions concrètes à l’échelle d’un territoire.

Et comme nous l’avons vu précédemment, question 27, pour agir efficacement, il faut d'abord nommer les problèmes et les quantifier à la source. Financer des études globales est nécessaire, mais insuffisant si les données restent dans les laboratoires. C’est à l’échelle locale, en mesurant précisément l'empreinte plastique de nos propres infrastructures, que nous donnerons aux élu·es les arguments factuels pour légiférer. Responsabiliser les décideurs, c'est leur fournir des indicateurs locaux incontestables pour qu'ils puissent passer de la prise de conscience à l'obligation réglementaire.

32- Jusqu’à quel point (%) peut-on réduire notre consommation plastique dans un monde qui serait idéal et motivé ?

50% des objets et emballages plastiques sont à usage unique ! Si on se donne la peine, on devrait pouvoir se passer “facilement” de la moitié des plastiques produits actuellement. Cela nécessiterait des changements d’habitude importants. Il ne s’agit pas de revenir 70 ans en arrière (où aucun de ces plastiques jetables n’existait), mais de supprimer progressivement tous les plastiques superflus, de remplacer certains plastiques utiles par des matériaux alternatifs et plus soutenables et de revenir à des pratiques qui avaient fait leurs preuves, comme la consigne des bouteilles et flacons en verre par exemple.

Pour franchir ce cap et atteindre ce potentiel maximal de réduction, l'effort doit se structurer autour de trois piliers complémentaires : 

  • L'élimination pure et simple (20 % à 25 % de réduction) 
  • Le modèle de la recharge et du réemploi (20 % à 30 % de réduction) 
  • La substitution par des alternatives durables (10 % à 15 % de réduction).

Les 50 % de plastique restants correspondent à des usages dits « critiques » ou structurels, pour lesquels la science n'a pas encore d'alternatives équivalentes à grande échelle : le domaine médical (seringues, poches de perfusion stériles...), la sécurité industrielle, ou l'allègement des transports (aéronautique, automobile) pour limiter les émissions de carbone. Viser le « zéro plastique » absolu est une utopie technique, mais viser les 50 % de réduction est un objectif politique et industriel parfaitement réaliste.

33- La mise en place du programme et de ses résultats a-t-elle déjà provoqué des actions concrètes par les pouvoirs publics ?

Pas encore, mais nous y comptons bien ! Le second épisode du programme va chercher à poursuivre la recherche de solutions techniques soutenables et poursuivre nos efforts de sensibilisation active. Nous espérons aussi pouvoir porter nos résultats de recherche participative, la voix et les idées des publics, pour la mise en œuvre du plan plastique régional dès 2027. Le troisième épisode, qui, nous l’espérons, débutera d’ici deux ou trois ans, sera pleinement consacré à la co-construction d’actions publiques avec le grand public, les artisan·es et commerçant·es, les entreprises, les agriculteurs et agricultrices, les fonctionnaires et les élu·es. Il faut un temps pour tout, l’épisode 1 nous a permis de dresser un constat précis et documenté sur la situation, les recherches scientifiques, les attentes du grand public et de dégager des axes de travail pour lutter contre les pollutions plastiques. Le second épisode va nous permettre de poursuivre nos actions de sensibilisation, d’approfondir plusieurs champs de recherche notamment sur la cellulose et les plastiques automobiles et de faire fructifier les relations nouées durant le premier épisode avec des partenaires qui œuvrent pour la transition plastique.

34- Est-ce que le biocarburant porte la même confusion que le bioplastique sur l’aspect écologique ?

Oui, les situations sont à certains égards très similaires, à commencer par la mise en culture de terres agricoles pour produire des biens non alimentaires (mais c’est aussi le cas du coton, du lin, du chanvre… pour les textiles). Des champs de maïs pour produire du PLA, des champs de betteraves pour produire du bio-PE… des champs de blé, de maïs, de betteraves pour produire du bioéthanol…Dans un monde qui compte de plus en plus d’habitants il semble pour le moins contre-indiqué de détourner la fonction alimentaire des terres cultivables. Par ailleurs, cette production nécessite d’importants apports d’eau par irrigation (notamment pour le maïs), ce qui pose un autre problème majeur, problème commun aux bioplastiques issues de végétaux et aux biocarburants.

Certains bioplastiques ne nécessitent cependant pas forcément un recours à de telles cultures. Les PHAs, par exemple, peuvent être produits à partir de déchets d’entreprises agroalimentaires, des graisses ou des sucres, incorporés aux substrats de bioréacteurs pour “cultiver” des bactéries productrices de ces polymères. 

35- Est-ce qu’on a des nouvelles du continent plastique, de sa dégradation par les micro-organismes ?

Une étude publiée dans Nature en 2018 estimait la superficie de ce septième continent (ou vortex de déchets du pacifique nord ou encore The Great Pacific Garbage Patch) à 1,6 millions de km² pour une masse de 79 000 tonnes. Une étude de 2024, menée par Ocean Cleanup estime que la quantité de microplastiques dans les zones les plus denses de cette soupe de plastiques a été multipliée par cinq entre 2015 et 2022 !

Quant à sa dégradation par des micro-organismes, les études dont nous avons connaissance ne sont pas très optimistes. Beaucoup de recherches sont aujourd’hui à l’œuvre pour comprendre ce qu’il se passe dans la “plastisphère” (écosystème qui se forme à la surface des déchets plastiques flottant dans les eaux - pas seulement dans le “septième continent” - c’est à dire les organismes vivants - bactéries, algues, champignons, micro planctons - qui colonisent les débris de plastiques). Les premiers résultats montrent d’une part que la biodégradation induite n’est souvent pas complète, qu’elle génère des nanoplastiques potentiellement plus dangereux que les microplastiques car suffisamment petits pour pénétrer les tissus des organismes vivants et d’autre part qu’elle modifie les équilibres naturels donnant parfois l’opportunité à des bactéries pathogènes de se développer et de voyager.

Une touche d’optimisme tout de même, quelques articles montrent que certaines bactéries qui se sont développées sur cette plastisphère (dites “bactéries mangeuses de plastique”) peuvent dégrader des plastiques pétrosourcés et ouvrent ainsi la voie à un autre mode de gestion des déchets plastiques. La communauté scientifique reste pour l’instant très prudente sur ces avancées.

36- En une phrase, qu’est-ce qui ressort du programme ?

Nous pourrions faire une phrase de 500 lignes, avec des points virgules, tirets et parenthèses…

Pour être bref, en moins de 20 lignes, ce programme a permis de sensibiliser un nombre important de personnes, d’identifier des freins puissants à la transition plastique (le confort, le manque de temps, le budget, le manque d’alternatives, le manque d’initiatives politiques, une certaine indifférence de l’entourage…), de tester la biodégradation de PHA et de PHA-lin dans des environnements naturels très différents, de nouer des relations fortes avec de nombreux partenaires scientifiques, institutionnels,culturels, associatifs avec qui nous allons poursuivre ce travail avec plus de force encore sur l’épisode 2 qui s’ouvre aujourd’hui. La production de connaissances du programme a été très importante, les médiateurs et médiatrices du Dôme ont fortement évolué·es durant tout le programme, au contact des publics, au contact des scientifiques de tous horizons, atelier après atelier, nous avons fait évoluer notre message, nos contenus, nos pratiques, nos approches en étroite collaboration avec le laboratoire qui lui aussi a évolué, a adopté d’autres angles de recherche, a pensé à d’autres façons de mener son travail sur la transition plastique.

37- Les résultats de l’enquête sont-ils influencés par le profil sociologique des participant·es (personnes déjà sensibilisées à la pollution plastique) ?

Oui, par la force des choses. Nous sommes bien conscient·es que de très nombreux profils de participant·es étaient des personnes qui s’étaient déjà posé la question de la pollution plastique (voir question 6). Mais nous avons aussi rencontré d’autres personnes qui n’étaient absolument pas sensibilisées et qui sont tombées des nues lorsqu’elles sont passées sur nos ateliers ou stands et qui ont décidé de s’inscrire pour participer à l‘étude. Dans tous les cas, personnes déjà sensibilisées ou non, personnes aux profils militants ou non… les résultats montrent une grande difficulté pour tou·tes les participant·es à changer leurs habitudes de consommation. En conséquence, si nous pouvions prouver que le panel a bien été biaisé en ce sens par le profil des participant·es et bien cela renforcerait encore les conclusions !

38- Combien de personnes ont planté le kit ?

532 personnes ont reçu un kit individuel et l’ont enfoui ou exposé à la lumière. Ces personnes ont également, de façon très majoritaire, répondu à au moins deux des trois questionnaires de l’étude.

38 groupes non scolaires ont reçu des enveloppes de 5 kits et en ont utilisé un à cinq selon les groupes. Les retours photos ont été plus rares que pour les participations individuelles mais la plupart des groupes nous ont renvoyé un ou deux kits par la poste. Approximativement 380 personnes ont par ce biais été au contact d’un kit et du protocole.

Enfin, nous avons aussi reçu 59 demandes de groupes scolaires qui ont eux aussi reçu une enveloppe de 5 kits. Cela a permis de parler pollution plastique avec plus de 1 500 élèves et une soixantaine de professeur·es. Par contre, nous n’avons eu que peu de classes qui sont allées au bout du protocole. Les kits ont bien été enfouis mais peu nous sont revenus sous forme de photos ou par la poste.

39- Travailler au niveau des enfants

Oui et non. Il est important de sensibiliser les enfants aux problèmes de pollution mais il est délicat de leur faire porter l’angoisse d’un futur pollué et dangereux, surtout quand les solutions ne sont pas encore bien définies. Il semble par exemple contre productif d’expliquer aux enfants comment bien trier leurs plastiques tant qu’on ne sait pas très bien ce que ces plastiques deviendront une fois arrivés au centre de tri. Cela pourrait laisser entendre aux enfants qu’une fois que le plastique a rejoint le sac jaune, tout est sous contrôle, toute pollution est évitée… or ce n’est pas du tout le cas !

Plutôt que de culpabiliser l'enfant ou de le transformer en gestionnaire de déchets jetables, l'éducation doit aborder la question sous l'angle de l'héritage.

Le plastique qui pollue nos sols et nos océans aujourd'hui est un héritage technologique et industriel complexe légué par les générations précédentes. Sensibiliser les enfants sous ce prisme permet de déplacer le curseur de l'éco-anxiété vers l'esprit critique. Il ne s'agit pas de leur demander de réparer, seul·es, un monde endommagé, mais de leur donner les clés de compréhension pour qu'ils refusent de perpétuer cet héritage. L'objectif est d'en faire des citoyens et citoyennes capables d'interroger le problème à la source, en remplaçant la culture du jetable par une culture du respect du vivant et de la durabilité.

40- Quelles sont vos sources pour tous les chiffres et comment peut-on, nous, discerner le vrai du faux ?

Nos sources sont multiples. Pour les grandes masses, l’étude menée en 2022 par l’OCDE (Perspectives mondiales des plastiques - Scénarios d’action à l’horizon 2060) a été notre principale source. Pour les aspects plus techniques, nous nous sommes appuyés sur les travaux des chercheurs et chercheuses de l’ABTE et sur une multitudes d’articles scientifiques paru dans des revues à comité de lecture. Nous avons aussi beaucoup échangé avec les scientifiques du Groupement De Recherche Plastique Environnement Santé (GDR PES) qui rassemble une grande partie des spécialistes français·es des pollutions plastiques.

Pour discerner le vrai du faux, nous conseillons de lire trois récents ouvrages collectifs à destination du grand public et dont les textes ont été rédigés avec des scientifiques indépendants (souvent membres du GDR PES) : 

  • Plasticologie, un livre écrit par Nelly Pons et illustré par Pom Bernos à partir d’un travail titanesque  dirigé par Jean-François Ghiglione auquel 50 scientifiques ont contribué (octobre 2026)
  • Le plastique, un poison si pratique, autre ouvrage collectif dirigé par Marie-France Dignac, Jean-François Ghiglione et Christophe Prazuck. (juillet 2026)
  • Pollution plastique - la biodiversité menacée, par X. Cousin, G. Darmon, M-F Dignac, G. Le Roux, G. Mathieu-Ernande et C. Miaud. (juin 2025)

Dans ces trois livres se trouvent énormément d’informations scientifiques précises, vérifiées et accessibles qui constituent le socle de la connaissance actuelle sur les pollutions plastiques. Ce socle permettra ensuite à chacun·e de savoir ce qui se cache derrière une information entendue à la radio ou sur Instagram, de comprendre où la personne qui la donne veut en venir… Il lui permettra également de mieux saisir si telle ou telle solution proposée par une association, un parti politique, un producteur de plastiques ou de bioplastiques… peut être une 'vraie bonne solution', si au contraire elle ne fera pas reculer la menace plastique ou si elle mérite un examen plus minutieux.

***

Et si vous voulez en savoir plus sur notre programme n'hésitez pas à consulter :