"Comprendre l'Univers, c'est aussi nous comprendre"

Publié par Guillaume Dupuy, le 6 avril 2021   230

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Finaliste de l’édition 2021 de “Ma thèse en 180 secondes” en Normandie, Chloé Fougères a vu sa prestation récompensée du 2nd Prix du Jury. Une reconnaissance inattendue pour cette jeune astrophysicienne du GANIL qui cherche à prédire la lumière des étoiles.

Chloé Fougères est bretonne mais elle a suivi ses études secondaires dans l’est de la France. Après un Bac scientifique obtenu à Belfort, elle emménage à Paris pour deux années de Classes préparatoires qui lui permettent d'intégrer l'École supérieure de physique et de chimie industrielles (ESPCI Paris). “C’est une école d’ingénieur·e·s multidisciplinaire avec une grande part d’enseignements expérimentaux. Après deux ans de théorie, c’était l’idéal pour moi.”

L’étudiante découvre la physique nucléaire et son application en astronomie, l’astrophysique. “Ça a été un déclic” explique Chloé, “J’ai tout de suite su que j’allais poursuivre dans ce domaine.” Elle se lance donc pour une année supplémentaire de Master à l’Université Paris-Saclay au cours de laquelle elle a l’opportunité de visiter le Grand Accélérateur National d’Ions Lourds (GANIL) et de rencontrer celui qui deviendra son directeur de thèse, François de Oliveira.

PRÉDIRE CE QUE L’ON
NE PEUT PAS (ENCORE) OBSERVER

François de Oliveira lui propose d’étudier les données non exploitées d’une expérience réalisée au GANIL. “L’Univers m’a toujours attirée. J’aime prendre le temps de contempler le ciel étoilé. L’idée de découvrir ce qu’il se passe derrière ce spectacle m’a tout de suite séduite.”

Les recherches de Chloé doivent permettre de mieux comprendre la formation et la destruction des noyaux de magnésium et de sodium lors de gigantesques explosions d’étoiles, les novae. Un travail qui pourrait paraître abstrait mais qui est pourtant très concret pour l’astrophysicienne : “Il ne faut pas oublier que nous sommes tou·te·s des poussières d’étoiles. Comprendre l’Univers, c’est aussi nous comprendre.”

Si notre connaissance des novae provient essentiellement de l’étude des images captées par les télescopes, cette démarche est encore impossible pour ces deux noyaux : “Les technologies actuelles ne sont pas assez sensibles pour détecter le magnésium et le sodium.” Chloé enchaîne donc, “toujours en musique”, les calculs et les lignes de code afin de prédire les quantités de sodium et de magnésium produites lors d’une explosion puis intègre ces nouvelles données dans des modèles virtuels.

Un travail fastidieux bien éloigné du plaisir de la contemplation des nuits étoilées de Bretagne ? Pas tant que ça si l’on en croit la jeune chercheuse : “C’est d’autant plus fort” s’enthousiasme-t-elle. “Se dire que l’on comprend ces objets si lointains, que l’on est capable de recréer des étoiles en laboratoire, … c’est fascinant !”.

DE LA LUMIÈRE DES ÉTOILES
AUX PROJECTEURS DE LA SCÈNE

Réservée de nature, Chloé aime cependant partager sa passion pour la recherche avec les publics. Chaque occasion, que ce soit lors de la Fête de la Science ou de portes ouvertes du GANIL, est pour elle l’opportunité de prendre du recul sur ses recherches. “Certaines questions sont surprenantes et nous permettent de prendre conscience de petites choses. Finalement, si on n’est pas capable d’expliquer une chose simplement, c’est souvent que l’on ne l’a pas nous-mêmes si bien comprise, qu’il y a encore des choses qui nous échappent.”

Cette année, Chloé a décidé de se confronter au défi “Ma thèse en 180 secondes” et l’a relevé avec succès puisqu’elle a décroché le 2nd Prix du jury. “La finale, c’est un flash. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ma prestation” résume-t-elle avant d’enchaîner “Par contre, j’ai beaucoup apprécié d’être spectatrice. Il y a, en Normandie, beaucoup de sujets de recherche et de façon différente de chercher !”