Journées Accompagnement, Reconnaissance et Emploi (1/3) : LE COMMUN

Publié par Le labo CIBC, le 3 septembre 2020   54

Xl 1

Les journées Accompagnement, Reconnaissance et Emploi ont été l’occasion de nombreux échanges, retours d’expériences et travaux[1]. Les interventions et tables-rondes ont été enregistrées ; vous pouvez les retrouver sur notre chaîne YouTube.

Les ateliers ont également été des temps forts, qui ont permis à chacun-e de se confronter aux enjeux liés à la création de dynamiques d’accompagnement à la reconnaissance, et de tenter d’en produire une représentation commune. Nous en proposons ici une restitution qui ne peut prétendre à l’exhaustivité. Chaque participant-e a joué un rôle spécifique au sein de chacun des ateliers, et seule la somme des expériences singulières et des perceptions et ressentis de chacun-e serait susceptible de satisfaire l’objectif d’une restitution complète et fidèle. Nous vous livrons ici la vision et l’expérience vécue par les membres du Labo CIBC, et nous vous invitons à la compléter par la vôtre en commentaire, si vous avez eu l’occasion de vivre l’une de ces journées à nos côtés. Veuillez donc considérer cet article comme inachevé, une invitation à poursuivre la dynamique collaborative de nos travaux [2].

En introduction de son intervention, Agnès Heidet nous mettait en garde contre un effet de « la norme qui pouvait parfois empêcher de créer ». Dans cet esprit, nous avons voulu lors des ateliers faire la part belle à la création et offrir aux participant-e-s des expériences singulières, proposant des méthodologies expérimentales, parfois même artistiques. Ces expériences, complétées de temps réflexifs individuels et collectifs, enrichis des temps de conceptualisation proposés par nos intervenants en plénière, ont – nous l’espérons - encourager chacun-e à l’expérimentation de nouvelles modalités d’accompagnement à la reconnaissance. L’important ne réside pas dans le compte-rendu ici produit des ateliers, mais bien dans ce que nous avons vécu, ce que nous avons ressenti, et l’envie, l’engagement que cela a pu produire chez chacun et chacune d’entre nous.


COMMUN : Si construire un commun implique bien des interactions entre acteurs dans un milieu donné, quelles peuvent être les caractéristiques de ce milieu, de ces interactions, de ces acteurs ?


« Trouver le commun »

Il était question ici de faire un focus sur les interactions, et de déterminer ce qui est à l’œuvre lorsqu’un groupe de personnes s’essaie à trouver ce qui leur est « commun ».

Méthode

L’environnement de travail était composé d’un « ring » central, constitué de deux tables et cinq chaises, autour duquel était disposé le reste des tables et chaises de manière à constituer un « public » en observation. 

Cinq personnes, dans un délai imposé de quelques minutes aboutissent à un commun en fonction des phrases d’amorce qui leur sont proposées. Pendant ce temps, les observateurs doivent être attentifs au processus, et produire une analyse des stratégies et méthodes employées par le groupe pour trouver ce commun. Les rôles sont ensuite inversés, afin que chacun puisse participer aux deux dynamiques : produire/trouver le commun VS observer/analyser le processus.

Chacun des groupes devait trouver un intérêt commun dans un premier temps, puis un besoin commun. Chacun des deux groupes a donc vécu deux « rounds » successifs.

Résultat

Parmi les observations et analyses qui ont découlées de l’exercice, le principal intérêt a été d’observer la cristallisation, l’ancrage de principes d’actions au sein d’un collectif, et ce même malgré le nombre limité de deux sessions. Parmi ces principes d’actions on pouvait notamment noter :

  • La distribution de la parole
  • la présence ou non d’un leader
  • le rôle de ce leader : en début d’échange pour déterminer la stratégie ou distribuer la parole, ou à la fin de l’échange pour la synthèse ou la prise de décision
  • l’appropriation de l’objectif : utilité de la production, quitte à voir des relations de domination ou de prise de pouvoir émerger VS préservation du collectif et de l’entente au détriment de la qualité du résultat

Ces différents éléments ont rapidement caractérisé chacun des deux groupes, de plus en plus nettement à mesure que la situation se prolongeait, se répétait. Une hypothèse a été faite par le collectif au complet quant au risque d’enracinement, de reproduction de la méthode et de la nature des interactions, avec la multiplication des rencontres d’un même collectif. Aussi spontanées soient-elles de prime abord, ces interactions et méthodes improvisées se transforment en stratégies, en principes pérennes, sur lesquelles les membres du groupe paraissent ne plus pouvoir revenir, et dont ils ne sont d’ailleurs pas nécessairement conscients.

Ainsi, la conclusion des participants a été de retenir le principe d’une ouverture nécessaire du groupe à d’autres membres entre chaque production. Cette ouverture permettrait d’éviter que la construction du commun repose sur des individualités, sur la nature de leurs interactions, mais bien en fonction de l’objectif visé ou des valeurs portés par le groupe. Le regard d’un nouvel entrant est considéré ici comme une opportunité de prise de recul du collectif sur sa manière de fonctionner, à la condition que le collectif soit prêt à cette remise en question et laisse l’occasion à cette opportunité d’exister.


« Construire le commun »

L’objectif était ici de concevoir l’organisation des futurs Mercredis du labo « Reconnaître et être reconnu-e », temps de travail qui seront proposés tout au long de l’année à venir (note bas de page avec les dates), pour permettre une réflexion et une analyse des processus et dynamiques à l’œuvre au sein des différents projets normands faisant intervenir la reconnaissance ouverte (notamment PIC 100% inclusion). La réflexion était donc davantage centrée sur le milieu dans lequel le commun peut s’exprimer.

Méthode

Cet atelier proposait une première étape de travail en deux sous-groupes, centrée sur le COMMENT. Les participant-e-s avaient les mêmes éléments de cadre imposé : la thématique – l’objectif opérationnel (publication d’un ouvrage collectif) – la temporalité – le lieu – les ressources (budget et ressource humaine). Au-delà de ce cadre, ils-elles avaient toute liberté de projeter leurs souhaits ou idées concernant l’organisation des Mercredis du labo. Dans chacun des groupes, l’animateur avait donné un rôle d’espion à un des participants. Cet espion devait être attentif au POURQUOI, aux valeurs et principes d’action avancés par les participant-e-s pour prendre des décisions, des orientations…

Résultat

Les principes d’action communs qui émergent sont les suivants :

  • Intégrer les habitants, les bénéficiaires dans le collectif de travail
  • Sortir du cadre, se faire plaisir, s’étonner
  • Des retours d’expérience, qui permettent d’explorer les pratiques (plutôt que des outils ou méthodes)
  • Mobiliser (et donc identifier et valoriser) les compétences des membres du groupe
  • Présence nécessaire d’un facilitateur

Deux questions ont fait débat :

  • Doit-on définir au départ nos valeurs, notre méthode, les mots que nous utilisons – ce qui serait notre commun, OU notre commun réside-t-il dans l’objet final, le livrable, porteur de représentations, de valeurs diverses, de concepts non définis, qui laissent la part belle à l’interprétation et la projection du lecteur ?
  • Doit-on proposer un ouvrage qui puisse faire référence, OU un objet vivant, jamais achevé, qui permet au futur lecteur d’y avoir sa place, en renvoyant à des espaces collaboratifs numériques, en laissant des pages blanches (idée que la couverture de cet ouvrage pourrait être un miroir) ?

Les participants semblent avoir projeté ces futurs rendez-vous comme des occasions de mise en commun, de rencontres de différentes dynamiques, de différents projets, permettant à la fois la prise de recul et la production d’un commun ouvert, qui englobe des personnes non présentes. Les Mercredis du labo seraient alors une occasion de réflexivité, au service de la reconnaissance ouverte.  


« Jouer le commun »

L’objectif de ce « jeu » était d’utiliser le corps comme outil de réflexion, en se concentrant sur les acteurs et leurs interactions.

Méthode

Une première séquence proposait aux participant-e-s d’incarner un acteur territorial (conseiller, bénéficiaire, directeur de structure, financeur etc.). Chaque acteur était joué par deux participant-e-s, et chacun-e devait retrouver son « binôme ».  Une réflexion autour de la reconnaissance de l’autre et une analyse de ce qui s’était joué lors de cette séquence suivait : Pourquoi avoir choisi telle attitude pour traduire tel rôle ? Comment procéder pour retrouver son binôme ? Quelles postures ? Quelles interprétations ? L’objectif était d’en tirer des conclusions sur les représentations de la place de chacun, le rôle de chacun, l’identification des différents points de vue en fonction des acteurs.

Une deuxième séquence visait une production finale, la construction d’une image « statue » représentative d’un idéal commun aux participants. 5 participants sur scène pour cette production et 5 en tribune pour l’observation et les retours. Sur scène les silences, la construction de l’image et les mouvements corporels pendant qu’en tribune les discussions, interprétations et réflexions accompagnent l’observation. Avec la possibilité de demander à intervertir son rôle scène-tribune, jusqu’à la construction finale.

Résultat

« Le commun n’est pas substituable »

Le commun ne doit pas être une addition d’individualités, mais bien l’avancée vers une préoccupation, un but commun. Chaque interconnexion est interdépendante - si une personne quitte la scène, la statue tombe. Le groupe, le territoire, doit penser les combinaisons des rôles, et prévoir que chacun intervienne au « bon » moment.

Ici l’accompagné (debout bras tendu) est rendu actif et acteur, d’abord soutenu par une conseillère et une cheffe d’entreprise, tous deux enveloppés par le financeur (derrière), il est prêt par la suite à prendre son envol de façon indépendante.

Tout est important : le regard, la flexion des jambes, le choix du relief, la hauteur, la position des bras, et la façon dont ils sont tournés les uns vers les autres. Un idéal dont la représentation rend compte d’une absence de frustration et d’appréhension entre les différents acteurs.


« Dessiner le commun »

Si une image vaut mille mots alors que dire du dessin suivant ? Nous nous contenterons donc, ici, de rappeler que cette production, est l’œuvre de la réflexion commune des participant-e-s ayant pris part à cet atelier, donc au moins 10 cerveaux et autant d’imagination pour le relai d’une seule main, celle de François Boissel. 


Vous pourrez retrouver les restitutions des travaux concernant le PARCOURS en suivant ce lien, ainsi que celles des travaux concernant la RECONNAISSANCE en cliquant sur ce lien.

Que vous ayez participé ou non à ces travaux, nous espérons vous retrouver prochainement afin de poursuivre ces réflexions et productions. Et si vous y avez participé , et que vous souhaitez compléter cette restitution, merci de nous faire vos retours en commentaire de cet article.


Muriel MOUJEARD et Eden JEAN-MARIE


[1] Rappel du programme au lien  suivant

[2] Nous modifierons cet article en y intégrant vos retours