"Les mathématiques nous apprennent à raisonner"

Publié par Guillaume Dupuy, le 5 mai 2021   170

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Ancien professeur de mathématiques, Younès Tierce est aujourd’hui doctorant à l’Université de Rouen Normandie. Il n’a pas pour autant perdu son goût pour la transmission. Il a remporté le Prix du Public et le Prix des lycéen·ne·s 2021 du concours “Ma thèse en 180 secondes” en Normandie.

C’est en Seconde, au Lycée André Maurois d’Elbeuf-sur-Seine, que Younès Tierce se prend de passion pour les mathématiques. “Ma mère m’a toujours dit que les maths étaient un jeu… mais elle est comptable”, sourit-il avant de poursuivre “J’ai commencé à les voir comme ça et puis il y a eu ma professeure au lycée, Colette Renouvin. Avec elle, les choses étaient claires. Elle m’a fait découvrir une rigueur, une méthode qui me correspondait.”

Younès se met alors en tête de devenir professeur à son tour. “Ma mère m’a dit : si tu veux enseigner, tu dois passer l’Agrégation !”. Le parcours du jeune homme est tracé : Classe préparatoire au Lycée Corneille de Rouen, Agrégation de mathématiques à la Faculté des sciences d’Orsay puis entrée dans l’Académie de Rouen. “J’ai enseigné pendant deux ans, au Grand-Quevilly puis à Elbeuf-sur-Seine, là où j’étais moi-même élève. Après cette période, j’ai ressenti un manque, celui de faire des maths.”

Younès se met donc en retrait de l’enseignement, s’inscrit en Master de recherche à l’Université de Rouen Normandie et tente de décrocher une thèse mais échoue : “Je n’ai pas obtenu les financements.” Il retourne donc au lycée en tant qu’enseignant remplaçant, “une vraie année de galère”, mais ne baisse pas les bras : “J’ai demandé une nouvelle mise en disponibilité au Rectorat et repris contact avec Pierre Calka alors Directeur du Laboratoire de mathématiques Raphaël Salem (LMRS). Il m’a recommandé auprès de Thierry de la Rue et Jean-Baptiste Bardet qui encadrent aujourd’hui ma thèse.”

LA SCIENCE
DE LA PERSÉVÉRANCE ET DE L’HUMILITÉ

Le jeune chercheur étudie depuis trois ans les méthodes d’écriture des nombres dans des bases non-entières. “Il existe différentes façons de compter”, explique-t-il. “Il y a 4 000 ans, les Babylonien·ne·s comptaient de 60 en 60. Aujourd’hui, nous comptons de dix en dix, c’est le système décimal ou base 10. Les ordinateurs utilisent, eux, le système binaire ou base 2. Moi, je cherche comment l’on peut écrire les nombres dans des bases comme 1,5 ou 1,6.”

À quoi cela peut-il bien servir dans notre quotidien ? “C’est la question que l’on nous pose tout le temps”, s’amuse Younès. Sa première réponse est simple : “À élargir nos connaissances”. La seconde, plus inattendue : “Les mathématiques nous apprennent à raisonner, à développer un esprit critique, à ne jamais se dire qu’une chose est évidente mais à chercher des arguments rationnels pour s'en convaincre.”

Ce message, c’est celui qu’il a essayé de transmettre à ses élèves lors de ces années d’enseignement, tout comme le goût de l’effort. “Les élèves abordent cette matière avec beaucoup d’idées préconçues. Elles et ils ont la sensation que l’on doit toujours avoir bon du premier coup mais les mathématiques, ce n’est pas ça. C’est la persévérance et l’humilité. Être seul·e devant sa feuille, écrire, se tromper, recommencer, se poser des questions, corriger et, quand on on est satisfait·e de son travail, le partager.”

UNE TRIBUNE
POUR LES MATHÉMATIQUES

Aujourd’hui en dernière année de thèse, Younès a décidé de relever le défi “Ma thèse en 180 secondes”. “Pour être honnête, mon tempérament fait que je n’ai pas naturellement d’attirance pour ce genre d’évènements. Il me semblait en plus impossible de présenter mes recherches en un temps si limité.” Younès se lance tout de même, encouragé par son Directeur de thèse. “En travaillant avec lui sur mon discours, je me suis rendu compte que ce concours était une tribune. Si je parvenais à me faire comprendre par un large public, si je donnais ne serait-ce qu’à trois lycéen·ne·s l’envie de faire des maths, ça valait le coup.”

Nul doute que Younès a été compris puisqu’il a remporté le Prix du Public et le Prix des lycéen·ne·s. “La transmission, c’est quelque chose que j’ai depuis longtemps en moi. Je suis content de constater que les gens ont été réceptifs.” Il décrit également ce concours comme une aventure humaine riche : “On rencontre des jeunes chercheur·se·s passionné·e·s qui ont, comme moi, l’envie de parler de leurs travaux dans des domaines inattendus, comme l’architecture par exemple. Quand on voit comment est traitée la recherche, on se dit qu’il y a du gâchis !”

Younès devrait soutenir sa thèse d’ici la fin de l’année et souhaiterait poursuivre dans le milieu universitaire. “Les postes d’enseignant-chercheur sont très rares mais, dans l’idéal, j’aimerais trouver un poste de professeur agrégé à l’Université ou en Classes préparatoires.” Et s’il n’y parvient pas ? “Je retournerai dans l’enseignement secondaire, en gardant mon objectif en tête et en faisant profiter mes élèves de mon expérience pour leur faire apprécier les mathématiques. Si on en parle avec passion, ça peut fonctionner !”