"Aux prémices de la Troisième Guerre Mondiale"

Publié par Guillaume Dupuy, le 28 février 2021   680

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“Nous sommes aux prémices de la Troisième Guerre Mondiale.” Cette phrase, lancée sur la scène du Dôme lors de la finale régionale du concours “Ma thèse en 180 secondes” en mars 2020 résume tout l’enjeu des travaux de Valentin Wasselin et de l’unité de recherche “Risques microbiens” : gagner la lutte contre les bactéries.

“Mon parcours ? Houlà, c’est compliqué !” rigole Valentin Wasselin. Après un Bac scientifique, le jeune homme originaire des Hauts-de-France s’inscrit à l’Université de Lille. “Je me suis orienté vers une Licence de biologie. Ça ne m’a pas plu, je suis parti après un semestre.” S'ensuivent six mois de questionnements sur son avenir. Amateur de pâtisserie, il entame un CAP qu’il obtient en un an... même s’il sait déjà qu’il n’y fera pas carrière. “C’est un métier très enrichissant mais qui demande beaucoup de sacrifices. J’ai donc décidé d'arrêter avant de me dégoûter de ma passion.”

Virage à 180°. Valentin postule de nouveau en Licence de biologie mais cette fois-ci à l’Université de Caen Normandie où l’approche lui semble “plus familiale”. Il s’accroche et obtient sa Licence au cours de laquelle il découvre la microbiologie. Il enchaîne sur un Master, réalise des stages au sein de l’Unité de recherche “Risques microbiens” (U2RM) sur la résistance des bactéries aux antibiotiques. Un travail que le laboratoire lui propose de poursuivre en thèse. “Ce n’est pas forcément conseillé de réaliser tous ses stages dans le même laboratoire mais trois ans de doctorat, ça passe très vite. Cela m’a permis de prendre un peu d’avance !” souligne-t-il.

FACE AU DANGER,
CHANGER D’ANGLE D’ATTAQUE

En 2050, si aucune action n’est établie, la résistance aux antibiotiques pourrait être responsable de 10 millions de décès par an dans le monde, soit un décès toutes les trois secondes. Un chiffre qui a marqué l’esprit de Valentin. “L’antibiorésistance est un sujet important dont nous n’avons pas réellement pris conscience. On se dit que l’on trouvera simplement de nouveaux antibiotiques.” Pourtant, dans cette course aux traitements, les chercheur·se·s sont loin d’être les plus rapides. “Il nous faut plusieurs années pour mettre au point un antibiotique alors que les bactéries n’ont besoin que de quelques mois pour développer leur résistance” précise le jeune chercheur.

Alors, comment faire ? Plutôt que de travailler sur de nouveaux médicaments, Valentin et ses collègues de l’unité de recherche caennaise cherchent à mieux comprendre les mécanismes de résistance. “Si l’on découvre comment les bactéries parviennent à résister aux antibiotiques, nous pourrons ensuite trouver une méthode pour les contrer et accroître l’efficacité des traitements existants.”

Plusieurs pistes sont à l’étude au sein du laboratoire, le jeune chercheur s’intéresse lui à la réponse des micro-organismes au stress oxydatif. “Mon hypothèse est que la résistance des bactéries aux antibiotiques serait liée à leur capacité de défense aux stress provoqués par leur environnement, notamment l’oxygène.” Les travaux de Valentin ont donc pour objectif de déterminer les gènes qui interviennent à la fois dans la protection contre l'oxygène et contre les antibiotiques. Une fois identifiés, il sera alors possible de les désactiver pour rendre les bactéries de nouveau sensibles aux traitements actuels.

Aujourd’hui en dernière année de thèse, Valentin saisit chaque occasion d’informer la population sur cette question de santé publique comme lors de l’Atelier des chercheur·se·s, des rencontres "Chercheurs·Chercheuses" ou de la finale 2020 de “Ma thèse en 180 secondes” où il conclut : “Je serais capable de créer une nouvelle arme de pointe pour neutraliser les bactéries et redonner l’avantage à nos antibiotiques tombés au front bien trop tôt.”

Crédits : V. Wasselin (DR).