Art, sciences et matière : le dialogue en question(s)

Publié par COGITO Normandie, le 9 juin 2026

Le plastique de nos bouteilles, le béton de nos bâtiments, l'hydrogène de nos futures voitures ou les composants de nos smartphones. Tout ce qui nous entoure est composé de matière. Pour nous, la matière est souvent invisible ou purement utilitaire. Mais pour les artistes et les scientifiques, elle est une source infinie de fascination, d’expérimentation et d'innovation.

En Normandie, la recherche sur la matière et les matériaux est un domaine d'excellence reconnu partout dans le monde. Porté par un réseau solide de laboratoires, cet écosystème fait dialoguer la physique, la chimie et l'ingénierie. À Caen, les équipes du Laboratoire de cristallographie et sciences des matériaux (CRISMAT) domptent les structures cristallines et les matériaux avancés. Au Havre, l’Unité de recherche en chimie organique et macromoléculaire (URCOM) explore la matière à travers la chimie verte, en transformant des molécules issues du vivant pour créer les cosmétiques, les parfums ou les plastiques écologiques du futur. À Rouen, les chercheur·se·s du Groupe de physique des matériaux (GPM) plongent au cœur de l'infiniment petit : ils étudient la matière à l'échelle de l'atome pour comprendre la structure des métaux et des composants électroniques. Ensemble, ces laboratoires conçoivent chaque jour les textures, les technologies et les énergies de demain.

Pourtant, une question se pose : comment partager ces découvertes complexes avec les citoyen·ne·s ? C’est ici qu’intervient un outil surprenant : l'art. À l'occasion du Forum COGITO 2026 “Dialogue art-science : pour quoi faire ?”, ce "Carnet de terrain" s'intéresse à ces rencontres d'un nouveau genre qui bousculent notre territoire.

LA MATIÈRE : LE TERRAIN DE JEU OÙ TOUT LE MONDE SE RENCONTRE

On s'imagine souvent que la science et l'art n'ont rien à voir. D'un côté, les chiffres et la rigueur du laboratoire. De l'autre, l'émotion et l'imagination de l'atelier. C'est une fausse idée. Leur point commun secret, c'est justement la matière. Ce dialogue ne sert pas simplement à "faire de jolies images" pour simplifier les théories des chercheur·se·s. Il fonctionne comme une véritable fusion à double sens.

L'art se nourrit de la recherche : les artistes s'invitent dans les laboratoires normands pour s'emparer de nouveaux matériaux, utiliser des microscopes électroniques ou éprouver des technologies inédites. La science devient la matière première de leur imaginaire. Qu'il s'agisse de concevoir des parfums sur mesure pour le spectacle vivant ou de bousculer les courbes de cuisson de la physique des solides, les créateurs s'approprient les protocoles.

La science s'hybride avec l'art : en travaillant avec des artistes, les scientifiques sortent de leurs équations et de leurs protocoles pas-à-pas. Ce croisement pousse les chimistes à bousculer la formulation de leurs matières premières pour traduire des concepts abstraits. De même, l'approche par “profusion” propre à la création s'infuse dans les habitudes des physicien·ne·s, rappelant de manière surprenante les modélisations par intelligence artificielle. L'art permet ainsi à la recherche de raconter ses travaux autrement, de toucher notre sensibilité et de faire émerger une dynamique humaine et managériale inédite au sein même des laboratoires.

LE GRAND ENJEU : (RE)CONNECTER LA SCIENCE À LA SOCIÉTÉ

Derrière la beauté de ces projets hybrides, soutenus à l'échelle nationale et européenne par des réseaux comme TRAS ou S+T+ARTS, le Forum COGITO Normandie 2026 pose des questions cruciales : Dans quelle mesure ces collaborations touchent-elles réellement des publics plus nombreux et diversifiés ? Produisent-elles des formes durables de culture scientifique ou participent-elles surtout à des expériences éphémères, concentrées dans des espaces déjà habitués à la culture ?

L'enjeu est de taille pour notre région. L'objectif est d'utiliser l'émerveillement et le toucher pour intéresser concrètement celles et ceux qui se sentent éloigné·e·s des sciences, tout en vérifiant si ces formats hybrides changent la donne sur le long terme. En montrant des scientifiques sous un angle humain et créatif, ces projets doivent aussi aider, à grande échelle, à susciter les vocations scientifiques et techniques de demain.

AU SOMMAIRE DE CE “CARNET DE TERRAIN”

Pour explorer ce fil rouge de la matière, nous vous invitons à découvrir quatre récits exclusifs sur le terrain.

Nous allons d'abord à l'université Le Havre Normandie, qui a fait le pari audacieux de créer en décembre 2025 une Direction “Culture, Art, Science”, une première en France qui prouve l'importance institutionnelle de ces liens. Nous découvrons ensuite le parcours sensoriel "Odeurs en scène", où les chercheurs de l'URCOM ouvrent la voie à de nouvelles formes de collaborations.

Ce premier "Carnet de terrain" vous plonge également dans les coulisses du laboratoire CRISMAT à Caen, à travers les paroles croisées de la chercheuse Ulrike Lüders et de l'artiste Sophie Moraine, complices autour de la matière cristalline. Enfin, un tour d'horizon vous permet d'aller plus loin en découvrant les initiatives art-science les plus inspirantes de la région.

Plongez avec nous. Vous découvrirez que lorsque l'art et la science se rencontrent, c'est notre vision du monde qui s'élargit !

Crédits : Sophie Moraine (DR).


Pour prolonger votre exploration de la matière et découvrir les innovations qui façonnent notre région, plongez au cœur de notre grand dossier thématique "Chimie, matériaux et industries biosourcées". Un espace vivant qui rassemble nos derniers articles, les actualités des laboratoires et entreprises de Normandie, ainsi que les annonces et événements clés de la filière à ne pas manquer.